Jacques Monory fait partie de la bande des voyous iconoclastes qui, dans les années 60, voulaient "casser la baraque" de l'art en revenant à la représentation figurée de qualifiée de figuration narrative.

Dans l'exposition consacrée à ce mouvement, qui s'est tenue au Grand Palais au printemps 2008, y figurait en bonne place une sélection de toiles de sa série "Meurtres".

Cet automne, la Maison Européenne de la Photographie propose de retrouver, avec cette nouvelle série d'oeuvres intitulée "Roman-photo", ce jeune monsieur de 84 ans qui continue à se faire son cinéma.


Graphiste professionnel, passionné de photo et de cinéma, son processus syncrétique n'a pas varié.

Il puise dans le répertoire iconographique du cinéma noir américain des années 50, et parfois des photographies qu'il prend lui-même, pour raconter une nouvelle histoire à partir d'un copier-coller par voie de projection sur toile des images arrêtées sur laquelle il va apposer de la peinture.

Ainsi opère-t-il par superposition de représentations, la représentation d'une rêverie autofictionnelle à partir de la représentation d'une certaine réalité transfigurée par le truchement de la caméra, pour une peinture qui s'inscrit dans le registre du métaréalisme.

La vraie vie rêvée est un roman photo en bleu

Ses dernières oeuvres de la série exposée annoncent la même couleur. Jacques Monory se fait toujours son propre cinéma qu'il fixe sur la toile en images séquentielles, quasiment uniquement des monochromes bleu gitanes, avec les mêmes thèmes obsessionnels et la même autoreprésentation de soi.


Sa silhouette en imperméable et doulos, visage creusé et lunettes noires, traverse un univers urbain nocturne, baigné de bleu, couleur qui pour lui "incarne ce qui m'obsède : la mort, la peur de la mort, le déni de la réalité. Tout ce que l'on voit n'est qu'un rêve à l'intérieur d'un rêve".

Il y met en scène et ordonnance en plans séquence un monde peuplé de cigarettes, whisky, p'tites pépées, bagnoles et gros calibres, métaphore du tragique du quotidien. On y trouve aussi un hommage au photographe WeeGee ("Le rêve de Wee Gee"), à l'acteur Robert Siodmak et à Joseph Lewis, le réalisateur de son film culte "Gun Crazy".

Peinture en abyme, à chacun de se raconter sa propre histoire à partir de ce que Jacques Monory qualifie lui-même, avec humour, de thérapie par la peinture d’un assassin précoce".