Texte de Virginia Woolf, adaptation de Sylviane Bernard-Gresh, mise en scène de Anne-Marie Lazarini, avec Edith Scob.

Edith Scob est une comédienne rare qui irradie sur scène et dont on ne peut nier le don précieux qu'est la présence. La voir seule sur scène est dès lors un bonheur dont on ne saurait faire l'économie.

Pour ce faire en cet automne 2008, il faut aller au Théâtre Artistic Athévains où elle se délecte, dans "Une chambre à soi", de la prose pleine d'humour et d'acuité de Virginia Woolf.

A condition de faire abstraction de la théâtralisation de l'exercice opérée par Anne-Marie Lazarini, de l'imposant décor ostentatoire, des périlleuses ascensions sur les escabeaux de bibliothèque et la redondance de la voix off de l'auteure, totalement dispensables.

Dans "Une chambre à soi", Virginia Woolf, fait un constat de l'indigente production littéraire féminine et donc de la condition de la femme et, bien qu'écrit en 1929, a une résonance tout à fait contemporaine,

Féministe "soft" et militante de l'écriture comme indispensable moyen d'expression de soi, même si la plume n'est pas celle du génie, Virginia Woolf s’attaque aux fondements biologiques de la différence sexuelle, dénonce en filigrane l'hétérosexualité comme stratégie politique de formatage et pose quasiment les fondements de ce que sera la multitude queer.

Silhouette gracile et intemporelle, toujours le même regard clair, la coupe de cheveux des petites filles sages et la scansion singulière au bord de la rupture, les inflexions inattendues et le rythme indompté, Edith Scob donne corps à l'impétueuse romancière et essayiste anglaise et nous ravit toujours et encore.