Comédie dramatique de Gustave Akakpo, mise en scène de Thomas Matalou, avec Christophe Garcia, Ludovic Lamaud, Mariana Lézin, Franck Micque, Caroline Stella et Paul Tilmont.
Dans un village du Togo, la fille d’un marabout est promise en mariage. Un soir elle se laisse séduire par un garçon qui revient juste de France, avec qui elle perdra, le soir même, sa virginité.
Seulement, le père de son futur époux, alerté par le voisinage découvre le secret et le rend public. Le marabout, fou de rage d’avoir été ainsi déshonoré, condamne alors sa fille à la lapidation.
"Ma fille a maintenant la saleté d’une autoroute où n’importe quel chien peut cracher sa crotte ! Elle a le sexe périmé d’une chienne ! Elle fait liquidation de cul à la criée ! Ce n’est pas ma fille ; elle ne l’a jamais été."
Son amoureux et sa sœur entreprennent alors de la sauver. Cette pièce met en scène une jeune fille naïve, trompée par l’insouciance, un jeune homme frivole, un peu trop en avance sur son temps, presque révolutionnaire et une famille qui construit sa vie sur les traditions.
Malgré cette histoire tragique, la pièce s’inscrit dans le domaine de la farce. Le public rit des quiproquos, des travestissements et des apartés destinés au public. Les comédiens français jouent des Togolais, un véritable décalage, physique comme verbal, qui rythme la comédie. Le visage peint en blanc, chaque comédien créer alors une distance avec son personnage. Une pièce qui se joue d’ailleurs du noir et du blanc où les vêtements et décors ne sont fait que de ces deux couleurs. Une façon d’appuyer le faussé entre la culture africaine et occidentale.
Gustave Akakpo s’attaque ici aux traditions, à la place de la femme dans la société et incite à la réflexion. Pourquoi les femmes seraient seules coupables des adultères ? Pourquoi les lois ne pourraient-elles pas évoluer ? Cette pièce s’impose comme un cri de douleur et d’espoir.
La mise en scène, originale, permet à tous les acteurs de participer à chaque moment de la pièce. En effet, présents sur le plateau du début à la fin, même lorsqu’ils ne jouent pas, ils se transforment en témoins de l’histoire.
Gustave Akakpo s’est inspiré ici d’un fait réel qui avait ému le monde entier : une femme nigériane, Amina Lawal avait été condamnée à la lapidation pour "crime" d’adultère en 2005. Il a pris le parti de rire de cette barbarie, avec l’espoir que le ridicule puisse tuer et éteindre ces cruelles traditions qui pèsent sur les Togolais. Il masque la gravité de ses propos sous une apparente légèreté, un pari réussi. Le spectateur s’amuse, s’émeut et s’indigne.
Un message fort et optimiste.
