Bien qu'étant les années les plus excitantes de toute l'histoire du rock, les sixties sont belles et bien révolues, obligeant ainsi l'auditeur actuel à se contenter du catalogue déjà existant : pas d'apparitions de subjuguantes nouvelles formations, de groupes à la mode, tout a malheureusement (enfin heureusement quand même) déjà été écrit.
C'est pourquoi après avoir fait le tour des classiques connus et reconnus, il devient nécessaire de gratter la surface, de s'éloigner des artistes conventionnels, afin de poursuivre plus en avant le défrichage.
Au milieu des productions oubliées, au final certains pour de bonnes raisons, s'élèvent quelques géniaux OVNI comme "God Bless The Red Krayola And All Who Sail With I", deuxième réalisation d'un groupe dont le leader, Mayo Thompson, réapparaîtra à l'époque punk, avant de collaborer avec Pere Ubu au début des années 80 ou plus récemment avec Gastr Del Sol ou Jim O'Rourke.
Originaire de Houston et assemblé autour de Mayo Thompson, Dick Wray et Serge Cunningham, The Red Krayola a vu le jour en 1966, avant de publier, l'année suivante, "Parable Of Arable Land", sur le label psychédélique texan International Artists, où sévit également la plus célèbre formation de l'état, les complètement frappés 13th Floor Elevator de Roky Erickson.
Difficile d'accès au possible, la musique de The Red Krayola, en forme de déconstruction de la pop psychédélique de l'époque ne se laisse pas apprivoiser facilement, laissant plus souvent qu'à son tour l'auditeur sans véritables repères
L'année suivante, International Artists refuse de sortir le successeur de "Parable Of Arable Land", le plus barré encore "Coconut Hote", lui préférant le fameux "God Bless The Red Krayola And All Who Sail With I" qui nous intéresse ici. Moins expérimental (enfin on s'entend), que son prédécesseur, ce deuxième album fait cette fois la part belle au format chanson, vingt titres d'environ deux minutes.
Dominé par d'omniprésentes percussions, entrecoupées de curieuses parties vocales, cette musique sonne complètement inédite, les idées, pas toujours franchement canalisées, fourmillant à la seconde ... Au rang des franches réussites, on citera l'ouverture sur "Say Hello To Jamie Jone", les excellents "Big" et "Free Piec" et surtout le tubuesque "Dairymaid's Lamen".
Malgré sa déroutante originalité, une indescriptible magie se dégage de cet objet qui, à la longue, s'avère des plus attachants (et des plus artistiquement intéressants).
A découvrir d'urgence
