Comédie mélodramatique de Friedrich Dürrenmatt, mise en scène de Arnault Mougenot, avec Eléonor Baly, Adeline Benamara, Jéremy Colas, Camille Gorde, Viktor Morris, Nicolas Petisoff et Magali Song.

Depuis 2003, Camille Gorde et Arnaud Mougenot président aux destinées de la Compagnie Le Grenier à Pouet-Pouet dont l'identité et la démarche s'articulent autour du questionnement de la place de l'individu dans la société par le médium de textes qui ressortissent à la fable philosophique en usant du registre du grotesque et du burlesque.

Pour ces Scènes d'été du 13, Arnaud Mougenot met en scène "Franck V" de Friedrich Dürrenmatt, auteur dramatique dont il a déjà exploré l'univers en montant "La visite de la viellle dame".

Sous titrée "L’opéra d’une banque privée", cette comédie macabre dépeint, par le biais d'une métaphore avec le microcosme d'une dynastie familiale qui opère dans la banque de manière totalement crapuleuse et criminelle, n'hésitant pas à assassiner employés et clients pour s'enrichir, et dont la 5ème génération, celle de Franck V, verra la chute, la corruption généralisée qui sévit dans la société contemporaine.

Une corruption qui contamine tous les individus en révélant leurs bas instincts, leur garantissant une relative impunité et les dédouanant de toute culpabilité, sape les codes moraux, déshumanise l'homme et court à sa perte.

En adoptant une scénographie syncrétique entre expressionnisme allemand, grand guignol et épopée brechtienne, Arnaud Mougenot signe une mise en scène précise et aboutie dans un théâtre un peu connoté, et donc difficile à réussir en terme de cohérence et de crédibilité, même si le propos connaît toujours, hélas, une actualité certaine du moins dans certaines de ses déclinaisons.

Dans un jeu choral très travaillé et abouti, qui évite le surjeu et les effets faciles, les comédiens, qui composent une distribution homogène et investie, à la fois des bouffons, des clowns, des masques et des hommes soumis au pathétique de leur condition, entraînent le spectateur dans un voyage dans un train fantôme de fête foraine, oscillant toujours entre le rire et le frisson.