Drame de Shakespeare, mis en scène par Frédéric Jessua, avec Justine Bachelet, Dominique Massat, Isabelle Siou, Hovnatan Avedikian, Serge Avedikian, Lorenzo Baitelli, Antoine Cholet, Jonathan Frajenberg, Frédéric Jessua, Grégory Montel, Arnaud Pfeiffer et Thibault Sommain.

Après s’être proclamé dictateur à vie et avoir refusé par trois fois la couronne que lui tendait Marc-Antoine, Jules César est un homme tout puissant. Mais pour Cassius, l’heure de fin de règne a sonné et il est parvenu à rallier à son combat, son grand ami, Brutus, défenseur fervent de la République.

L’empereur illustre se rend au Sénat malgré les mauvais présages. Il y mourra, poignardé de la main des conjurés et de son fils spirituel Brutus. En prononçant son oraison funèbre, Marc-Antoine, qui n’a pas pris part au complot, soulève le peuple contre les conspirateurs. Menée par Octave et Marc-Antoine, la guerre civile éclate et termine la pièce dans le sang.

Dans cette pièce moins connue de Shakespeare, on découvre bien sûr la figure de César : Serge Avedikian, excentrique et fragile, plus que tout ambigu ; mais c’est aussi celle de Brutus (Antoine Cholet) qui transparaît : fomentateur tourmenté de l’assassinat de l’empereur respecté. Avec lui : Cassius qui met en place la conspiration et enjoint Brutus de les y rejoindre pour y apporter une valeur symbolique ; Thibault Sommain qui endosse ce rôle s’y révèle extrêmement poignant : jaloux, rageur, troublant de sincérité.

Face à eux, un Marc-Antoine étonnant : Hovnatan Avedikian déplace sa grande silhouette nonchalante sur scène avec foi et constance : fils de Serge Avedikian qui endosse le rôle de César, ses liens profonds menés avec le grand homme n’en sont que plus vivement révélés et ressentis.

La pièce de Shakespeare est dense : de l’assassinat, la mort de César aux batailles ; le porter sur les planches n’est pas chose aisée. Frédéric Jessua y parvient s’en s’embarrasser de fioritures inutiles.

Précis et rigoureux, le classicisme de sa mise en scène n’évince pas pour autant la puissance et la force des mots de Shakespeare. La sobriété du décor permet la puissance des représentations : le feu de la guerre, les tissus rouge sortant du cadavre de la poupée de César, les tumultes de la nuit et la clameur du peuple…

Un peuple qui prend aussi possession des lieux : il s’enflamme, questionne, mêle le spectateur à ses déplacements et tergiversations. Même si les scènes défilent avec plus ou moins de force et de maîtrise, les images développées prennent parfois des formes saisissantes et l’ensemble se révèle impressionnant.