Comédie dramatique de Rachid El Daïf, mise en scène de Nidal Al Achkar, avec Nada Abou Farhat et Nagy Souraty.

Pour clore sa saison du premier volet du Rire de la Résistance, le théâtre du Rond Point accueille une production du Théâtre Al Madina de Beyrouth, la comédie dramatique "Qu’elle aille au diable, Meryl Streep !" adaptée d’un roman de Rachid El Daïf et présentée dans une version française de Mohamed Kacimi, qui atteste de la vitalité et l'engagement du théâtre libanais.

Cette comédie dramatique, qui commence comme une comédie farcesque et finit en tragédie, plonge le spectateur dans le drame intime d’un couple de trentenaires libanais, de la première rencontre à la rupture consommée pour cause de non virginité de la jeune épouse.

Rachid El Daïf explore, et dénonce, non sans humour, l’inévitable confrontation des valeurs ancestrales et traditionnalistes de la société libanaise arabophone, dans un pays en guerre permanente, avec les modes de vie occidentaux qui privilégient l’épanouissement individuel, notamment celui de la femme.

Tous deux sont victimes expiatoires, elle dans ses aspirations avortées à vivre sa propre vie, ne pouvant pas même disposer de son propre corps, et lui dans sa dichotomie entre son attachement aux valeurs ancestrales dont il est prisonnier, non pas tant par conviction personnelle que par crainte de l’opinion publique et pression familiale, et sa fascination pour les fantasmes de vie sexuelle épanouie véhiculés par les médias.

Sans doute faut-il bien connaître la société libanaise contemporaine pour saisir les particularismes qui se lovent derrière la langue simple et les dialogues du quotidien, mais dans une mise en scène alerte et cinétique de Nidal Al Achkar, les deux comédiens, Nada Abou Farhat et Nagy Souraty, incarnent avec talent ces deux personnages pris dans la tourmente de l'incommunicabilité et de l'aliénation qui revêt un caractère universel.