Réalisé par Claude-Michel Rome. France. 2008. Avec : Richard Berry, Zabou Breitman, Pascal Elbé.
Sur l’affiche, quatre personnages dans le dos de Richard Berry. On ne sait s’ils sont derrière lui pour le soutenir, ou s’ils représentent une menace.
Berry, personnage principal, a les yeux perdus vers le bas, désespéré ou passif, attendant son heure peut-être. A la vision des Insoumis, il y a un peu de tout cela.
Insoumis comme ces flics qui en arrivent à refuser l’ordre établi de corruption et de passivité ; insoumis à leur propre vie, qu’ils ont laissé s’endormir dans le quotidien de cette zone de non droit. L’affiche nous donne en fait toutes les clés du film. Sans en dévoiler son action.
Richard Berry incarne un agent rongé par la culpabilité, qui se réfugie dans le travail. Solitaire et renfermé au départ, il va, par sa droiture et sa logique factuelle, emmener les principaux policiers du commissariat à se soulever avec lui. Une histoire classique de rédemption et de renaissance, assumant avec force et maîtrise tous les codes du genre : le rapport aux armes à feu, le personnage solitaire hanté par son passé, le petit chat, les décors immensément vides du type western, les personnages secondaires qui reflètent tous une autre facette du scénario et du personnage principal.
L’ensemble du film est construit du point de vue des policiers. Et à l’exception d’une ou deux scènes, toutes les scènes sont même filmées du point de vue du personnage de Richard Berry. Ce parti pris narratif courageux, extrêmement maîtrisé – et de plus en plus rare dans le cinéma actuel – permet de mettre en valeur le personnage dans l’équipe, et l’équipe dans le décor, face à cette menace larvée et sans visage des trafiquants locaux.
Il ne s’agit pas d’un polar. Le déroulé de l’enquête n’est que secondaire par rapport à l’évolution des personnages et leur ressenti. Les Insoumis est un drame masculin sur la quête de sens et le renouveau de la fierté.
On n’avait pas vu un film français de ce genre aussi bien maîtrisé depuis Le Pharmacien de Garde. Un film au potentiel assez grand public sur le papier : une tête d’affiche populaire, des rôles secondaires de premier ordre, un scénario policier classique. Pourtant, à part quelques exceptions comme 36 Quai des Orfèvres, il est dommage que ce genre de longs métrages ne rencontre pas un plus large succès.
Car Les Insoumis est un film intelligent, formaté dans son genre et pourtant libre, impertinent. Ni trop glauque (La Chambre des Morts), ni trop esthétisant (MR 73), la qualité de la direction d’acteurs, de la mise en image, de la photographie, et de l’ensemble du film prouve une nouvelle fois les qualités créatives et techniques du cinéma de genre français.
