Comédie dramatique de Michel Vinaver, mise en scène de Christian Schiaretti, avec Olivier Balazuc, Stéphane Bernard, Laurence Besson, Olivier Borle, Jeanne Brouaye, Armand Chagot et Hélène Degy.
Dans "Par-dessus bord", Michel Vinaver questionne le rapport entre la culture et le monde du travail. La pièce créée en 1973, en version réduite par Roger Planchon, se fait l’écho de tous les débats de l’époque : la nécessaire( ?) adaptation à l’économie capitaliste sur le modèle américain, la mémoire d’Auschwitz, l’expression artistique à travers happenings et free jazz.
L’auteur a choisi un double dans la pièce : un jeune homme avec des ambitions littéraires et théâtrale qui, embauché comme cadre administratif prend le monde de l’entreprise comme sujet d’une pièce dont il espère un succès populaire.
Christian Schiaretti relève le défi de présenter la pièce dans son intégralité, soit une représentation de huit heures (que le Théâtre de la Colline propose en deux soirs consécutifs, ou pendant toute une après midi), trente comédiens. Exercice dont on est familier avec certaines créations d’Olivier Py. C’est chaque fois un pari : les spectateurs vont-ils se laisser capturer, extraire de la ville et de la vie pendant huit heures ? Auront-ils simplement la résistance physique de rester ?
C’est une autre façon de faire la preuve de l’actualité de ce spectacle total mêlant la musique, la danse et le jeu dramatique pour retracer les mutations du monde du travail à travers l’évolution d’une fabrique de papier hygiénique et la récupération de toutes les formes d’art pour servir les intérêts de l’Argent .
Jouant à merveille avec les codes de la publicité, il insuffle constamment à la pièce un rythme léger et récréatif, alternant les différentes scènes, comme dans un zapping. Les décors, les costumes d’une époque pompidolienne fantasmée renvoient encore à une esthétique de sitcom.
Le côté acidulé, coloré, caricaturé n’en laisse pas moins voir le drame d’une société qui s’est lancée à cette époque dans la course au profit : une tragédie contemporaine avec ses héros et ses victimes. Seulement vers quoi se dirige-t-elle ? Et à quel prix ? Questions brûlantes toujours en suspens comme ce que nous sommes en train de jeter "par-dessus bord" …
