Réalisé par Michael Haneke. USA. 2008. Avec : Naomi Watts, Tim Roth, Michael Pitt.

En faisant le remake de son propre film, Haneke pousse la mise en abîme de son discours à son paroxysme.

L’original (Funny Games), quasi identique, donnait exactement le même discours : la violence est un besoin pour l’homme, une forme de jeu. Funny Games U.S. change seulement les acteurs, et remet au goût américain quelques points de détails totalement insignifiants face à la machine psychologique que déroule le film.

Orange Mécanique poussait au rejet, à l’image du héros que l’on abreuve d’images violentes pour inverser les tendances de son esprit.

Funny Games U.S. pousse le vice au-delà. La violence n’est presque pas montrée, aucune mort n’est vraiment visible à l’image. Tout est hors cadre. Là où un film tel que le remake de Halloween allait chercher l’horreur pure à l’image pour paraître horrible, le remake d’Haneke se donne comme ses héros une apparence toute parfaite, immaculée, politiquement correcte. On regarde, on écoute. Le spectateur est donc impliqué dans le discours, car il l’observe. D’où les apostrophes directes au public. Et l’essentiel du message du réalisateur est là : le consommateur est complice de la société car il sait ce qu’il consomme.

Le film est amoral pour mieux faire passer la leçon. Mais le public qui se déplace pour voir ce film est sans doute déjà conscient de tout cela. Et la jeunesse actuelle vivant entre réalité et virtuel, telle que décrite de manière sous entendue dans l’épilogue, si elle va voir ce film, sera-t-elle réceptive au message ?

Ce long métrage trouve donc ses limites dans sa propre raison d’être. Il est plus effrayant de se dire que la société est restée la même, que le discours d’il y a 10 ans n’est que plus puissant aujourd’hui. Cette réalité est bien plus repoussante que le film en lui-même.