Réalisé par Martin Scorsese. USA. 2008. Avec : Mick Jagger, Keith Richards, Charlie Watts, Ronnie Wood.

Martin Scorsese est un grand réalisateur, qu’on ne présente plus. C’est aussi un fan des Rolling Stones. Leur musique émaille plusieurs de ses films : la première apparition de Robert de Niro se fait sur Jumpin’ Jack Flash dans Mean Streets en 1973 ! On retrouvera des titres dans Casino (1995), et dans Les Infiltrés (2006). De plus, Scorsese s’était déjà essayé au rockumentaire en réalisant The last Waltz en 1978 et No direction home sur Dylan en 2005.

Le groupe de rock est devenu au fil des années un véritable objet de désir pour le cinéaste qui réussit enfin à les mettre en boîte, ceci à l’occasion d’un concert de charité en 2006. Les musiciens jouent dans le Beacon Theater de New York, une salle à taille humaine (2000 personnes), loin, très loin des stades auxquels ils sont habitués. "Petite" salle, mais remplie, en plus du public, d’un dispositif cinématographique très élaboré. Pas moins de dix-sept caméras suivent les artistes sur scène ! Scorsese s’est entouré des meilleurs directeurs de la photographie (dont Robert Elswit qui a été oscarisé pour There will be blood) afin d’offrir un écrin de superbe facture aux Rolling Stones.

Avant le début du concert, on voit entre autre les préparatifs, un Mick Jagger qui fait sa diva en râlant à cause du nombre imposant de caméras qui pourraient gêner le public, le choix des morceaux à jouer, les salutations auprès de Bill Clinton qui organise le concert dans le cadre de sa fondation. Bref, toute la mise en place du show. D’un autre côté, on voit Scorsese stressé de ne pas avoir la playlist en avance, l’empêchant de prévoir la façon de filmer les musiciens. Il l’aura sa playlist, une petite minute avant le concert.

Et puis le concert commence sur les chapeaux de roue avec ... Jumpin’ Jack Flash. Une bonne vingtaine de titres vont s’enchaîner sur un rythme endiablé, Mick Jagger va jouer de son déhanchement diablement sexy malgré son âge. Keith Richards va user de gimmicks et d’humour à son habitude, épaulé par Ronnie Wood qui visiblement prend un pied monstre. Le seul qui semble endurer les choses, c’est Charlie Watts qui parfois ne cache pas sa fatigue. Trois duos viendront mettre le feu aux poudres. Jack White viendra interpréter Loving cup, Christina Aguilera, Live with me, accompagné de frottements lascifs avec Mr Jagger. Le clou du spectacle, ce sera la présence de Buddy Guy venu pour chanter Champagne and Reefer. La dernière légende vivante du blues et les rockeurs nous offriront là un grand moment de musique.

Tout ça sous la (les) caméra(s) de Scorsese qui scotche le spectateur. La lumière est splendide, on a l’impression d’être sur scène, tellement on est proche des musiciens. On sent que Scorsese souhaitait filmer plus qu’un concert : la complicité des membres du groupe semble être aussi un élément majeur de ce film. Petites conversations entre guitaristes pendant les morceaux, main à l’épaule encourageante pour le batteur, parfois des vannes acides (Jagger qui lancera un "merci les bras cassés" à l’attention de ses partenaires…). Bref, on est témoin de l’intimité des Rolling Stones sur scène, à travers des détails pas forcément visibles en tant que public.

Enfin, parfois entre deux morceaux, sont incrustées des images d’archives, sélectionnées sur plus de 400 heures (Scorsese peut remercier son monteur David Tedeschi). Ces images viennent temporiser avec humour le concert, comme des bouffées d’air frais. Une en particulier où l’on demande à un Jagger tout jeune, s'il se voit assurer sur scène lorsqu’il aura soixante ans, et répondre avec toute l’assurance crâneuse de la star de rock : "évidemment". Pari tenu !