Il existe en fait deux types de festivals : ceux où l’ambiance est partie intégrante de la réussite (au hasard : Benicassim) et les autres où seule une programmation parfaite force au déplacement. Reading appartient à la deuxième catégorie. En effet, comme l’an passé, au milieu de deux soirées aux déplorables têtes d’affiche sur la grande scène (récemment sorties de terre Blink 182, Sum 41, Linkin Park …) voire carrément croulantes (Metallica)), subsiste une journée au line-up du feu de dieu, sauvée comme par miracle du carnage, la preuve par huit ci-dessous.

"Shake your tits and balls" : bienvenue sur la grande scène pour accueillir Junior Senior, gentil combo s’adonnant à une pop colorée, propre sur elle, assez agréable à écouter en lézardant au soleil (qui daigne même se montrer avant d’être bloqué par quelques cumulus). Quelques riffs sympas, des chœurs ensoleillés, l’après-midi commence doucement … mais sûrement … avant une première commotion avec les Libertines.

Des Libertines sur scène restait cet impérissable souvenir de la soirée Rough Trade au Divan du Monde l’an passé, où le quatuor londonien avait donné durant cinquante minutes une véritable leçon de rock’n roll. Malheureusement, leur ciel s’est assombri depuis, entre les addictions diverses et les virées nocturnes du chanteur-guitariste Pete Doherty alimentant ainsi les rumeurs de split, le groupe n’est plus que l’ombre de lui même.

"‘Where’s Pete ?" indique un panneau porté à bout de bras par une admiratrice : c’est donc avec un remplaçant à la six-cordes (dont l’identité demeure purement anecdotique) à la mèche tombante que le groupe se présente en plein milieu d’après-midi. Aucune référence ne sera faite à son compère démissionnaire par le beau Carl Barat, ce dernier préférant sauver ce qui peut encore l’être.

Contre toute attente, les cinquante minutes de show furent parfaites : de l’entame idéale sur la triplette "Horror Show" - "Up The Bracket" - "Vertigo", aux stupéfiants "The Boys In The Band", "Time For Heroes" en passant par leur dernier simple "Don’t Look Back Into The Sun" avant le final sur "I Get Along", le groupe prouve l’étendue du gâchis qu’occasionnerait sa séparation prématurée. En effet, même si actuellement physiquement diminués, les Libertines furent, ne sont peut-être plus mais resteront quoi qu’il arrive le groupe anglais le plus perforant de cette ‘new wave of rock’n roll’, rabaissant la concurrence à son véritable niveau, rayon nains de jardins.

Les raisons ? Primo, un répertoire béton, est-il besoin de rappeler que "Up The Bracket" est le meilleur disque du genre paru ces dernières années (après "Is This It ?", ok …) ? Secondo, une présence scénique incroyable (même s’ils demeurent un peu poseurs) doublée d’une classe assez surprenante, suffisamment rare pour être mentionnée et sortir de la meute.

Direction maintenant la Radio 1 Stage (chapiteau de quelques milliers de places) pour applaudir The Rapture. Contrairement à la quasi-totalité des groupes rock récemment apparus pillant sans vergogne l’héritage musical des glorieux aînés, les new-yorkais de The Rapture partent certes de bases solides (Gang Of Four et autres formations du genre) mais en apportant leur propre pierre à l’édifice (en l’occurrence une touche électronique très actuelle). Interprétés énergiquement et parfois gorgés de beats, les morceaux savent également se faire brutaux comme en témoignent des passages punk très wireresque. Vraiment pas mal du tout.

L’audience est encore bien clairsemée (les Doves jouent sur la grande scène et nous sommes en Angleterre) quand les Kills, tous de noir vêtus, viennent instaurer le danger en cette fin d’après-midi. Leur show est vraiment bien rodé (trop serait plus approprié) : entame sur "Superstition", clôture avec "Cat Claw" avec entre les deux le meilleur de "Keep On Your Mean Side" paru l’an passé. Le jeu de scène tournant en affrontement sexuel entre les deux protagonistes (Hotel et VV) fait toujours son effet (surtout lorsqu’ils jouent face à face, de profil par rapport au public) mais lasse quelque peu à la longue. Fort heureusement, musicalement le set est toujours une franche réussite ("Fuck The People").

C’est précédé d’un buzz gonflant chaque jour un peu plus que les Thrills devaient se produire lors de Carling Festival. La petite scène Radio 1 est submergée par l’événement obligeant de nombreux spectateurs à rebrousser chemin. Nos irlandais se livrent à une relecture de leur premier album, le sympathique "So Much For The City" avec ses moments de gloire ("Santa Cruz", leur impeccable single).

Fort dommageable est en revanche le penchant du groupe pour les arrangements de stades (rock pompier gorgé de chantilly probablement aussi dû à une balance défectueuse) ôtant à sa pop toute légèreté pour rejoindre d’illustres bras cassés (Doves, Manic Street Preachers, Stereophonics … j’en passe et des meilleurs) dépotant leurs disques par camion au Royaume-Uni tout en laissant les autres (à juste titre d’ailleurs) … de marbre ... Pas mal, mais la hype est vraiment disproportionnée quand même. A voir uniquement lors de leur premier passage en France.

Après une salve de groupes en ‘The’, retour sur le grande scène avec les trois ‘B’ de la journée : Beck, B.R.M.C. et Blur !

Cet été, notre blondinet préféré n’en finit pas de tourner accompagné, écumant les festivals pour se retrouver encore à l’affiche en ce samedi, quatre jours avant Rock en Seine. Concert en trois parties pour Beck comme à Benicassim : tubes pour commencer, pause sur "Sea Change" et autres avant quelques classiques pour finir. Moins funky forcé qu’en Espagne, le set part sur d’excellentes bases (encore et toujours "Odelay" : "Novocane", "The New Pollution") avant "Mixed Business" porté par un groupe toujours aussi remuant.

Malgré la débauche d’énergie, le public est moyennement réceptif surtout au milieu du show (encore et toujours le magnifique "Nobody’s Fault but My Own" exécuté seul à l’orgue), où de bruyants spectateurs couvrent presque la voix du chanteur : les aînés de ce calibre mériteraient quand même plus de respect … Fin de concert parfaite "Loser", "Sexxlaws" et "Devil’s Haircut" en rappel même pas provoqué.

Beaucoup plus en jambes que quinze jours auparavant, Beck prouve qu’il est encore capable d’assurer le spectacle même s’il occupe moins sur le devant de la scène.

Setlist : Novocane / The new pollution / Mixed business / Guess i’m doing fine / Lonesome tears / Lost cause / Nobody’s fault by my own (solo) / Loser / Beercan / Sexx laws / Hot in herre (Nelly) / Where it’s at --- Devil’s haircut

Appelés en dernière minute (fin juillet) pour remplacer au pied levé les White Stripes (pour cause de main masculine endommagée), les californiens de Black Rebel Motorcycle Club aiment à relever les défis. Visiblement un peu intimidé par l’enjeu (position d’autant plus délicate que les nouvelles chansons n’ont pas été trop éprouvées sur scène), le groupe se rassure d’entrée avec "Red Eyes And Tears" et "Spread Your Love" avant d’attaquer deux extraits (dont "Six Barrel Shotgun") de "Take Them On, on Your Own" leur splendide nouvel opus, beaucoup plus abouti que son prédécesseur.

Avec son jeu de scène tout en sobriété (de même que les éclairages, rouges ou absents), le groupe ne déchaîne pas les foules ne provoquant qu’épisodiquement des applaudissements nourris. Souvent associés, à tort, au récent mouvement rock à guitares, les BRMC font partie de la classe supérieure (aux interchangeables formations en couvertures du NME), de celle qui survivra, avec leur rock aux riffs râpés laissant place à de chaotiques envolées psychédéliques porté par une imagerie, il est vrai, très Jesus & The Mary Chain. Retour sur B.R.M.C. avec "Love Burns" et "Rifles" avant d’attaquer une série de nouveaux morceaux d’une semblable efficacité.

C’est alors que Robert Turner s’approche du micro pour dédier leur prochain titre aux White Stripes (ovation du public). Et le groupe de s’attaquer à "The Hardest Button To Button" du duo de Detroit, joué à l’identique (re-ovation du public) : un peu d’humour ne messied jamais. Pour la fin du show, le groupe beaucoup plus à l’aise revient en terrain connu avec l’immense "Whatever Happenned To My Rock’n Roll" avant un "Salvation" d’une dizaine de minutes achevé dans le chaos le plus total : on peut constater une fois encore que seule la scène permet à la musique de BRMC de prendre toute son ampleur, quoique leur dernier album tend à prouver le contraire.

Que dire enfin des deux dernières heures de la journée ? Tout simplement que Blur a très certainement donné sa meilleure prestation de l’année 2003 (dans un tout autre style qu’à Malakoff on s’entend bien, que Loopkin se rassure). Pas un temps mort, une setlist parfaite, une présence scénique impressionnante, des surprises à la pelle, des moments d’émotion (!) en veux-tu en voilà … Blur a tutoyé le sublime.

Petit retour en arrière. 21h30, configuration habituelle pour le groupe qui se lance (comme d’habitude) dans "Ambulance" pour un décollage en douceur. La suite, pourtant convenue ("Beetlebum"), marque le premier pas hors des sentiers battus lorsque Damon, toujours en costard noir, se gaufre méchamment de la scène, sans pour autant freiner son ardeur juvénile.

A peine remis de ses émotions, il annonce une vieille chanson : ce sera "Girls And Boys", en partie chantée derrière les grilles retenant 60000 personnes en furie. Un pied sur l’ampli de retour, Alex James toise son chanteur comme frustré de l’aura de ce dernier. Discrète, "Gene By Gene" s’avère pourtant au fil des écoutes et des concerts comme un des meilleurs titres du dernier album, du Blur pur jus. Arrive alors le premier cadeau de la soirée : "Badhead", ou comment revoir en face ses quatorze ans (les frissons dans le dos et tout …).

C’est alors que Damon visiblement (aussi) très ému commence à remercier le public, à dire sa joie d’être enfin de retour au pays, ce qu’il n’aura de cesse de le répéter tout au long du show. Suivent "Moroccan People’s Revolutionary Bowls Club", "For Tomorrow" et "Good Song". Damon dédiera "Tender" à Graham (co-compositeur) avant le tiercé gagnant de "Thinktank " : "Caravan", "Out Of Time" et "Crazy Beats", lequel fait déjà office de classique.

‘This song is called "Brothers And Sisters"’, voilà pour la suite avant de passer à un "Song 2" déclenchant toujours l’hystérie, une fois encore éructé par Damon derrière la barrière. L’intensité ne faiblit aucunement : "End Of A Century", - décidément "Parklife" a retrouvé les faveurs de ses créateurs - précédé par "Popscene", single incendiaire sorti voilà une dizaine d’années.

La fin sera, quant à elle, la copie carbone de celle de Benicassim (mention spéciale à "The Universal"), leur précédent concert, quinze jours auparavant. Pas de modification non plus dans le début du rappel "On the way to the club", jusqu’à ce que Phil Daniels soit invité à rejoindre le groupe : imaginez 60 000 paires d’yeux pétillants, les lèvres pendantes, ‘Parklife !!!’.

Histoire de ménager son effet, "My White Noise" (morceau caché de "Thinktank ") est joué dans un premier temps avant un jubilatoire au possible "Parklife" : ‘All the people , so many people, and they all go hand in hand, hand in hand through their PARKLIFE !!’, nostalgie quand tu nous tiens … Après "We’ve Got A File On You", l’adieu sera prononcé sur une déchirante version de "This Is A Low".

Voilà c’en est fini pour ce samedi, Blur vient d’achever un set fabuleux, tout a été dit. Rideau.

Setlist : Ambulance / Beetlebum / Girls & boys / Gene by gene / Badhead / Moroccan people's revolutionary bowls club / For tomorrow / Good song / Tender / Caravan / Out of time / Crazy beats / Brothers and sisters / Song 2 / Popscene / End of a Century / Trimm trabb / Battery in your leg / The universal / To the end --- On the way to the club / My white noise / Parklife / We've got a file on you / This is a low

Il convient enfin de remercier les nuages pour s’être tenus tranquille ainsi que Rosy (en provenance d’Amsterdam) et son ami (dont le nom est malheureusement resté en Angleterre) de m’avoir ramené dans leur carrosse jusqu’à Hyde Park.