Réalisé par Wes Anderson. USA. 2007. Avec : Owen Wilson, Adrien Brody, Jason Schwartzman.

Trois frères se rejoignent dans un train qui traverse l’Inde. Depuis le décès de leur père, ils ne se sont pas adressé la parole. C’est l’occasion pour eux de se retrouver autour d’une quête spirituelle qui sera semée d’embûches, mettant leur amour fraternel ainsi que leur amitié à rude épreuve.

Après La vie aquatique, Wes Anderson nous gratifie de son quatrième long métrage tout aussi loufoque, mais plus aboutit. Les amateurs du réalisateur reconnaîtront certains acteurs présents dans ses films précédents comme le grand Bill Murray (Je me réjouis à chaque fois de sa présence à l’écran), Angelica Huston , qui incarne un mère débordée par la vie de famille et qui décide de la fuir en se rangeant dans les ordres , ainsi que Jason Schwartzman, dejà présent dans Rushmore qui avait permis à Anderson en 1998 de se faire reconnaître par la critique comme nouveau réalisateur indépendant américain.

Le parcours de cet autodidacte du cinéma est assez original. En effet, il a fait des études de philosophie, et simultanèment, a appris les techniques du cinéma en tournant des courts-métrages en amateur. Peut-être est ce de là qu’il tire son ton tout à fait particulier. Anderson présente toujours des personnages obsédés par une quête qui les touche de façon très personnelle, tout en gardant un véritable recul sur les situations qu’il filme, les rendant drôles et farfelues. En quelque sorte, il met en scène la vie, par une sorte de théatralité de l’intime.

Dans A bord du Darjeeling Ltd, on retrouve encore l’importance du décor dans lequel évoluent les personnages. Indépendants ou en conflit dans les compartiments du train, ils se soudent dès qu’ils sont confrontés à l’ "exterieur" . Le confinement les pousse à se découvrir individuellement, l’immensité, à découvrir le monde qui les entoure.

Ici, Anderson a choisi comme décor l’Inde qu’il filme dans toute sa beauté. On est éblouis par les couleurs, on sent presque les odeurs d’épices. Comme une carte postale, on sait que la réalité ne ressemble pas vraiment à l’image qu’on a sous les yeux, mais le réalisateur fait éxprès pour rappeler au spectateur que c’est du vaudeville. D’où certaines scènes kitsch, ainsi qu’une façon de filmer les compartiments du train très fantaisiste.

Anderson a co-écrit le scénario de ce film avec les acteurs, et Roman Coppola, dont il est très proche. Le résultat : un film très personnel, donc très touchant. Les misères de chacun sont déballées à l’écran, sans fard : l’angoisse de la paternité, le deuil, avoir le cœur brisé, des comportements suicidaires, etc…Tout ceci pourrait donner un film plombant et noir, mais ce n’est pas du tout le cas. Bien au contraire, Anderson affiche une fraîcheur presque déplacée par rapport aux misères de la vie, et propose un discours plein d’espoir.

A noter que le film est précédé d’un court-métrage tourné en 2005 à Paris, qui met en scène Nathalie Portman, nouvelle venue dans l’univers d’Anderson, et encore Mr. Schwartzman.

Bref, A bord du Darjeeling Ltd est un film pour les curieux, les amateurs de loufoqueries, et de reflexions qui savent rester légères malgré leur gravité.