Comédie dramatique de Marie Ndiaye, mise en scène de Julia Zimina, avec Eléonore Briganti, Céline, Chéenne, Hélène Lausseur et Vadim Sher au piano.

Le Théâtre des Quartiers d'Ivry propose au Studio Casanova trois pièces de Marie NDiaye réunies sous le titre de "Petit triptyque de la dévoration". L’une d’elles, "Les serpents" instaure, par la métaphore du nid de serpents, un huis clos familial étouffant et angoissant entre des personnalités toutes venimeuses.

Une mère vient trouver son fils pour lui demander de l'argent. Elle reste sur le pas de la porte défendue par une bru qui craint de déplaire à son mari et où viendra également sa première belle-fille. Voilà pour introduire le propos. Un propos qui n’est pas aussi simple qu’il y paraît car Marie NDiaye pratique l’art consommé de l’ellipse et construit son texte comme un mille feuilles avec des différents niveaux de lecture selon les croyances et les peurs individuelles.

Articulé autour d’une pluralité de thèmes, la possession, la domination et la soumission, le pouvoir de l’argent, la famille mortifère et cannibale, la maternité, la violence à l’encontre des enfants, la confrontation cathartique des personnages prend des allures de tragédie antique.

Dans une scénographie et des lumières d’un bel esthétisme de Yves Collet, avec les respirations musicales de Vadim Sher, la pièce est excellemment portée par trois comédiennes, Hélène Lausseur, Céline Chéenne, Eléonore Briganti, qui, au diapason d’une partition étonnnate, conduisent le spectateur dans d’insondables zones d’ombres.

La mise en scène de Julia Zimina est exemplaire de rigueur et de justesse puisque qu’elle parvient, avec un grand travail sur la langue et les mots, à invoquer et évoquer l’univers troublant et angoissant développé dans la pièce au point d’en embrasser toutes les composantes induites même si elle, elle y voit les trois avatars de la femme moderne, femme au travail, épouse et mère.

En effet, après la représentation, le venin inoculé par l’écriture de Marie NDiayé fait encore son chemin au point où le spectateur s’interroge encore.