Drame de Henry de Montherlant, mise en scène de Jean-Laurent Cochet, avec Jean-Laurent cochet, Catherine Griffoni, Elisabeth Ventura, Xavier Delambre, Pierre Delavène, Frédéric Guignot, William Beaudenon, Thierry Bertomeu, Christophe Boutellier, Antoine Agrange et Axel Blind.

A peine achevée la dernière représentation de "Aux deux colombes" de Sacha Guitry, restée pas moins de 6 mois à l'affiche du Théâtre Pépinière-Opéra, Jean-Laurent Cochet investit le Théâtre 14 où il met en scène et joue "La Reine morte" de Henry de Montherlant entouré d'une distribution qui a été à la bonne école, la sienne.

Comme il l'indique dans son "mot du metteur en scène", cette pièce traite de "la tragédie de la puissance et de la faiblesse, de la grandeur et de la médiocrité, de la vieillesse et de l'enfance, de la cohérence et de l'incohérence. Le tout scintillant de l'étonnant humour propre à Montherlant, et flamboyant d'intelligence".

Au crépuscule de sa vie, Ferrante, le roi du Portugal, parvenu à l'apogée de son vol d'aigle royal qui va lui dévoiler le mystère ultime, conclut l'alliance de son fils unique, et héritier de la couronne, avec l'infante d'Espagne.

Mais celui-ci, plus soucieux de sa vie d'homme que de son devoir de prince, a déjà contracté mariage avec Inès de Castro, dont le statut est incompatible avec le rang royal. Incident diplomatique, autorité paternelle et royale bafouée, combat de l'amour et de la raison d'état nouent le drame attisé par des conseillers radicaux.

Inutile de revenir sur la langue de Montherlant, son français parfait, son style éblouissant et sur ses thématiques récurrentes qui trouvent ici une transcendance éblouissante.

La mise en scène de Jean-Laurent Cochet, qui traque le texte dans ses plus secrets méandres et connaît l’âme humaine dans ses circonvolutions souvent antinomiques, relève de l’alchimie entre la grandeur des aspirations et des idéaux des personnages et leur humanité pétrie de faiblesses et de contradictions.

Entouré de comédiens de qualité qui servent l'auteur, Jean-Laurent Cochet est un magistral et fascinant "roi de douleur" d'une effrayante lucidité, assailli de doutes et débordant d'un amour qui trouve peut être trop tard son objet, tyran féroce qui peut se montrer homme affable.

L'affrontement des caractères et des conceptions de la vie et du pouvoir donnent lieu à de magnifiques scènes comme celles de l'affrontement entre le père, figure illustre et exigeante, et le fils médiocre et ordinaire (Xavier Delambre convaincant prince tendre et rebelle), de l'entretien entre le roi et le ministre machiavélique (Pierre Delavène parfait), du roi qui semble confier son moi profond à Inès de Castro (magnifique Catherine Griffoni) et de la confrontation des deux figures de femmes la plénitude de la féminité d'Inès et l'intransigeante infante (Elisabeth Ventura superbe entre l'orgueil et le désarroi).

Indispensable et ce serait donc dommage de s'en dispenser.