Textes de Pierre Desproges, mis en scène de Julia Vidt, avec Emmanuel Matte.

20 ans, déjà, que Pierre Desproges siège au tribunal céleste des flagrants délires, "à la droite de Dieu c'est normal c'est la place du mort", et ce spectacle est le bienvenu pour faire un clin d'oeil à cet humoriste impertinent qui a érigé le comique au rang du métaphysique, à moins que ce ne soit l'inverse.

Sa ligne de conduite : rire de tout car "c'est la seule humaine façon de friser la lucidité sans tomber dedans" et nombre de ses aphorismes à la Cioran sont devenus cultes.

"Mon cadavre sera piégé" tire son titre éponyme d'une prédiction desprogienne qui, dans son Manuel de savoir-vivre à l'usage des rustres et des mal polis", écrivait : "Mais moi je vous préviens, croque-morts de France : mon cadavre sera piégé. Le premier qui me touche, je lui saute à la gueule". En l'occurrence, c'est sa vision clairvoyante du monde et de l'homme qui éclate comme une évidence.

Avec l'assentiment de Hélène Desproges, Julia Vidt et Emmanuel Matte ont concocté, à partir d'un montage de textes de Pierre Desproges, un spectacle intelligent en forme de soliloques qui abordent les thèmes incontournables de l'humain, la vie, la mort, l'amour, l'autre et les autres.

Sur scène, dans sa cage de verre, Emmanuel Matte, ne joue pas Pierre Desproges clown burlesque et n'imite pas sa scansion de timide qui dégoupillait des grenades de la connerie humaine avec un humour, souvent noir, et un sens de la dérision, et de l'autodérision, dévastateurs.

Comédien, il revêt le masque d'un misanthrope éclairé et d'un atrabilaire burlesque qui confie ses réflexions sur le monde et son petit monde. C'est drôle, limpide, jubilatoire et Emmanuel Matte porte avec beaucoup de talent des textes qui ont conservé une acuité ébouriffante.

Des textes qui n'ont pas pris une ride et qui donnent une furieuse envie de les relire pour entamer une cure homéopathique totalement roborative.