Perdu au milieu d'une pléthore de rééditions classieuses "Surrealistic Pillow", "After Bathing At Baxter's" et "Crown Of Creation", Takes Off, le premier album du super-groupe californien brille enfin de toute sa splendeur sous ce nouvel éclairage millésime 2003 : son remasterisé, booklet consistant, bonus tracks et tout ... Souvent décrié en comparaison aux classiques engendrés, l'occasion est pour une fois donnée de rendre à ce disque charnière de la période hippie sa place dans l'histoire.

Petit retour en arrière. En 1965, le LSD n'a pas encore transformé le folk-rock en psychédélisme mais comme l'annonçait Bob Dylan l'année précédente, les temps sont en train de changer et la musique en sera le vecteur. Cette même année se forme à San Francisco, le Jefferson Airplane, dont le line-up diffère de celui accédant à la gloire : Skip Spence ne s'en est pas encore allé former Moby Grape, Grace Slick végète pour l'instant au sein de Great Society et n'a pas ouvert les portes du succès via "White Rabbit" et "Somebody To Love" et la chanteuse s'appelle encore Signe Anderson.

Au départ monté pour épauler Marty Balin lors d'un show au Matrix, le Jefferson Airplane de 1965-1966 reste l'heure de gloire du chanteur qui co-signe la quasi-totalité des titres avant sa mise à l'index avec l'arrivée de la belle Grace Slick.

Sans pour autant atteindre la magie des compositions de l'année suivante, force est de reconnaître qu'une grande partie de ce "Takes Off" tient largement la route (contrairement au premier Grateful Dead) : "Blues From An Airplane", "Chauffeur Blues" ou "It's No Secret", le son si caractéristique, novateur fait déjà la différence en grande partie grâce à la future paire magique de Hot Tuna, Jorma Kaukonen et Jack Casady. Pourtant, la meilleure came se trouve hors de la version originale de l'album avec "Runnin' 'Round This World", single alors interdit pour contenir le mot 'trip', "High Flying Bird" reprise de Judy Henske ainsi que divers alternate takes tous passionnants. "Takes Off" ou l'occasion de découvrir la face cachée du plus passionnant des groupes de l'ère hippie.