Comédie dramatique écrite et mise en scène par Mohamed Rouabhi, avec Bijou, Inès, Ucoc, Karim Ammour, Kouthair Baccouche, Géraldine Bourgue, Mouloud Choutri, Marisa Commandeur, Cyril Favre, Farid Hamzi, Ricky Tribord, Mylène Wagram et Peggy Yanga.
"Vive la France" part du constat désabusé d’un pays qui va mal et qui agonise à petit feux de ne pouvoir et savoir faire vivre sereinement ses "enfants" ensemble. Mohamed Rouabhi s’intéresse à l’histoire que cette France se cache : celle des immigrés qui peuplent son territoire, et effrite définitivement l’image d’une nation accueillante et tolérante.
Mis à part la pincée d’espoir laissée comme un objet volé à la fin du spectacle à travers l’image de cette jeune fille utopiste, qui nous décrit sa société idéale, le tableau est bien noir tant le constat est radical.
Le metteur en scène accumule les images d’archives : celles des journaux télévisés, des discours politiques qu’il compile et agrémente de mises en scènes, de chants et de danses. Le public est clairement pris à partie, mitraillé de projections, de retransmission de paroles : il se retrouve directement confronté à sa propre méfiance, cette peur de l’étranger, inhérente à l’homme.
Celui qu’on dit ne pas connaître mais qu’on ne veut simplement pas voir, Mohamed Rouabhi nous le montre pendant plus de trois heures. Tout part des images des immeubles érigés dans les années 60, comme un constat amer : ces logements sociaux sont devenus des prisons. Suivent leur destruction, les films voilés de bavures policières, les extraits de documentaires post-colonialistes…. Tout cela entremêlé de discours politiques, de références historiques, et d’un anti-sarkozysme assumé et prôné.
Des scénettes disparates et révélatrices accompagnent ce portrait coup de poing d’une France malade: quatre jeunes banlieusards, visages cachés qui nous prennent directement à partie, assènent leurs mots, accusateurs, nous parlent d’amour trop refreiné qui prend le visage de la haine, une jeune femme qui veut parler créole s’en voit empêcher…
Au final, une grande fresque menée par une brochette de comédiens totalement investis et, même si la seconde partie s’essouffle un peu sous des images symboliques et des discours parfois si accusateurs et dirigés que l’on se sent un peu infantilisé, on n’en ressort néanmoins plus attentifs, conscients de nos rejets et mécanismes de défenses instinctifs.
