Comédie dramatique de Fabrice Melquiot, mise en scène et interprétée par Olivier David.
Ari revient chez lui un après-midi et trouve sa mère morte sur le fauteuil de moleskine. Mû par un sentiment étrange, il entreprend alors avec elle une ultime promenade : au grès des grévistes, sous la pluie ; en même temps que ses souvenirs et ses pensées, il l’emporte en bandoulière, simple manteau rouge sur ses épaules fragiles et souples.
C’est "La dernière balade de Lucy Jordan" et elle est parfois interrompue par les interventions de protagonistes qui jalonnent sa route : des voix fantomatiques qui l’interrogent sur ses actes…
Confusions, fêlures et questions prennent l’assaut de sa tête et de ses mots. Finalement, il retrace sa vie ; le constat n’est pas forcément mirifique, un brin banal ; cette mère avec laquelle il avait appris à vivre presque en étranger, la lui aura pourtant remplie. Il ne peut pas pleurer, il a du mal à s’effondrer, il est seulement capable de la porter jusqu’à l’hôpital pour faire don de son corps à la science. C’est sur cette route que chemine sa pensée et que nous le suivons.
Olivier David a un parti pris, une interprétation bien particulière du texte de Fabrice Melquiot : alternant la mise à distance et les moments d’intimité touchants, il sait aussi nous en faire voir la drôlerie, presque involontaire, comme attrapée au vol.
Il faut un peu de temps pour s’imprégner et s’intégrer à son univers mais l’implication de l’acteur et metteur en scène est telle qu’il nous y mène peu à peu, aidé par un univers sonore mystérieux mais cohérent, qui intègre le personnage à un quotidien mêlant nostalgie, songes et matérialité.
"La dernière balade de Lucy Jordan", c’est aussi la dernière danse d’un fils pour sa mère, comme si l’amour demandait la mort pour pouvoir surgir et le faire renaître.
