Spectacle conçu et mis en scène par Pippo Delbono, avec Dolly Albertin, Gianluca Ballaré, Raffaella Banchelli, Bobò, Margherita Clemente, Pippo Delbono, Lucia Della Ferrera, Ilaria Distante, Gustavo Giacosa, Mario Intruglio, Simone Goggiano, Nelson Larricia, Pepe Robledo et Gianni Parenti.
Pour la création en France de son dernier spectacle en date, "Questo buio feroce", Pippo Delbono a choisi le Théâtre du Rond Point dont la grande salle Renault-Barrault est prise d'assaut.
Et bienheureux ceux qui ont pu découvrir ce spectacle qui, d'ores et déjà, prend place au pinacle de l'année théâtrale. Inspiré par la lecture d'un écrit autobiographique de Harold Brodkey, atteint du sida, qui raconte sa mort annoncée, Pippo Delbono crée une grandiose symphonie qui est un hymne à la joie. Une joie intense qui est la substance de la vie.
Et il puise au plus profond de l'intime pour représenter l’indicible universel. La vie, la mort, et le passage. "Je contemple la mort et la mort me contemple" dans cette symphonie des corps, le sien et ceux des membres de sa troupe qui tient de la cour des miracles.
Saisi dès les premières minutes par la vue d’un corps squelettique gisant presque immobile au sol dans un décor white cube pleins feux et qui anime à peine le masque africain qui recouvre son visage, le corps d'un homme décharné qui, quelques instants plus tard, chantera "My way" avec une étonnante voix de crooner, le spectateur ne parviendra pas à déglutir de la soirée, submergé d'émotions violentes.
Auteur, metteur en scène, comédien, cinéaste, Pippo Delbono, héritier de Fellini et de Pasolini, projette dans le blanc du plateau, du blanc immaculé de l’innocence, de la pureté et du paradis céleste, vaste écran de ses nuits blanches, les images d'une vie, comme celui qui meurt voit défiler les images de sa vie en accéléré. Mais ici tout apparaît et disparaît au ralenti, quasiment sans un mot, porté par une bande son éclectique.
Décliné en tableaux magnifiques d'une beauté étrange et envoûtante, ce spectacle, sarabande baroque et carnaval burlesque, revisite mythes et tragédies jusqu'à l'instant ultime. Les figures noires et les masques mortuaires entrent en scène pour signifier l'instant inéluctable. Mais la mort tourne en rond. L’âme de l’homme s’est envolée et elle danse déjà et encore.
Un spectacle qui, pour reprendre des propos de Pippo Delbono relatif à la culture, consiste à se demander pourquoi on naît, on meure, et pourquoi on existe et qui change la façon de voir le monde.
