A l'affiche de la Manufacture des Abbesses cet automne, "Thomas Chagrin" une pièce de Will Eno dans une adaptation de Jean-Marie Besset.

"Thomas Chagrin" se présente sous la forme d'un monologue-soliloques d'une écriture à la fois dense et sculptée au scalpel d'un jeune homme saisi par la difficulté d'être au monde

Nous avons brièvement croisé Will Eno, de passage à Paris pour la première française de cette pîèce et il a accepté de répondre à quelques questions par mail que nous espérons bien compléter par une interview live lors de son prochain séjour parisien.

 

 

Quand et pourquoi avez-vous choisi l'écriture et plus particulièrement l'écriture dramatique ?

Will Eno : J'ai commencé à écrire pour le théâtre il y a environ une dizaine d'années. J'avais lu Beckett et Shakespeare et j'ai été orienté vers l'écriture théâtrale pour des raisons que je ne peux que qualifier de mystérieuses.

Selon vous, quelles sont les thématiques essentielles ou fondamentales que le théâtre contemporain doit investir ?

Will Eno : Je pense que les thématiques essentielles sont intemporelles. Nous ne savons pas ce qu'il y a après la mort, aussi, d'une certaine façon nous ne savons pas davantage ce qui s'est passé à notre naissance. Dès lors, la vie est un mystère. Je pense que le théâtre, même s'il ne peut expliquer ce mystère, peut le rendre plus tangible.

Thom Pain semble pétrifié à un moment de sa vie et, comme un psychotique, ressasse toujours les mêmes événements du passé d'une manière particulière, qui semble dépourvue d'affect, uniquement sur le mode de la réminiscence duquel le bonheur semble absent. Votre intérêt se porte-t-il souvent sur ces moments de fêlure considérés comme essentiels et révélateurs tant d'un personnage que d'une société ?

Will Eno : J'ai de nombreux souvenirs heureux et ils comptent beaucoup pour moi. Mais je crois les philosophes et les poètes anciens quand ils disent que nous apprenons davantage des moments douloureux de notre exitence.

Thom Pain constitue-t-il un archétype de l'américain urbain ?

Will Eno : Je ne sais pas s'il est essentiellement américain ou urbain. J'espère certainement qu'il représente, d'une certaine façon, l'Homme Moderne, si cela n'est pas trop ambitieux.

Venez-vous régulièrement en France pour voir les adaptations de vos pièces ?

Will Eno : Non je ne me déplace pas régulièrement pour voir les adaptations faites à l'étranger. Je suis venu pour celle-ci car ce projet m'excitait tout particulièrement car je connais Jean-Marie Besset qui est un grand auteur et un grand auteur.

Quelles sont vos relations professionnelles avec les metteurs en scène ? Assistez-vous aux répétitions ou préférez-vous découvrir la pièce comme spectateur ? Et souhaiteriez-vous être votre propre metteur en scène ?

Will Eno : J'aime les metteurs en scène et, généralement, je préfère assister aux répétitions. Je ne pense pas pouvoir être un bon metteur en scène de mon travail même si, à plusieurs reprises, j'ai mis en scène certaines de mes pièces courtes, ce qui m'a procuré beaucoup de satisfaction.

Quels sont les dramaturges que vous appréciez et qui vous ont influencé ?

Will Eno : J'aime Don De Lillo autant pour ses pièces que ses romans. Edward Albee, aussi. Beckett, aussi. Howard Barker, aussi.

Vos pièces remportent toujours un grand succès tant auprès du public que des critiques. Est-il facile de continuer à écrire ?

Will Eno : Ecrire une pièce est toujours très difficile. Cependant, je pense que la difficulté augmente quand l'âge s'accroît car vous portez en vous de plus en plus d'acquis stratifiés dont vous devez vous abstraire. Là réside la vraie difficulté. Le fait d'avoir ou pas de succès n'est pas un problème.

Sur le web il y a un site qui donne les recettes pour écrire une pièce à la manière de Will Eno (http://mikemariano.com/weblog/2005/10/16/will-eno-play/).Qu'en pensez-vous ?

Will Eno : Je présume que son auteur n'apprécie pas mon travail.

Quels sont vos prochains projets ?

Will Eno : Une de mes pièces intitulée "Oh, the Humanity," vient d'être montée à New York. Cela m'a demandé beaucoup de temps et d'énergie mais maintenant le projet est lancé et vit sa vie. Je travaille actuellement sur une nouvelle pièce.