Comédie dramatique de Remo Forlani, mise en scène de Alexandra Chouraqui et Camille Cottin, avec Alexandra Chouraqui, Louise Danel, Vanessa David, Benjamin Gauthier et Cédric Moreau.
On connaît la plume de Remo Forlani, écrivain, critique de cinéma, réalisateur, scénariste, auteur dramatique, parolier, et ce texte, du parler parigot écrit en vers, est un petit bijou à la saveur jubilatoire.
"Au bal des chiens" investit le quotidien tragi-comique de quatre femmes de ménage prises dans la tourmente des événements de mai 68. Malencontreusement bouclées sur le lieu de travail, décidées ne pas attendre la "Saint Merdi-merda" pour regagner leurs pénates, les astiqueuses, qui en n’ont "rien à bignoler" de la révolte des "futurs illustres savants" ou de la grève des masses laborieuses, tentent de s'échapper par les égouts.
Le quatuor de nettoyeuses de techniciennes de surface avec chacune sa manière d'appréhender le monde, la vie et l'avenir va se trouver confronté à un huis clos sociologique percutant.
Avec un décor fait de trois bouts de ficelles et quelques chiffons, au sens premier des termes, et une scénographie originale et pleine de fraîcheur, la mise en scène conjointe d'Alexandra Chouraqui et Camille Cottin, qui s'aventure du côté de Deschiens dépoussiérés (sic) de tout intellectualisme, fait de cet "En attendant Godot" en sous sol une vraie réussite.
Cette fine équipe - les bonniches Alexandra Chouraqui, Louise Danel, Vanessa David et Cédric Moreau (épatant) et leur égoutier, Benjamin Gauthier, sont époustouflants - a su parfaitement saisir le ton libertaire de Remo Forlani, toujours entre l'humour noir, le désenchantement et la poésie du peuple, et son analyse caustique des grands cocufiages politiques.
C'est à la fois terriblement drôle et pathétique et, si on entend bien le propos, on prend une sacrée claque aussi bien au plan humain que théâtral. Donc forcément totalement indispensable.
