Pour quelqu’un ayant vu le jour à la fin des années 70, voir James Chance en concert relevait de l’espoir le plus fou.
Fallait-il déjà que l’homme attende quelques années avant de passer l’arme à gauche. Ce qui, vu son passé de junkie et l’hécatombe dans son entourage (Johnny l’Eclair et compagnie …) n’était pas gagné d’avance. Pourtant, après des années d’un interminable silence, le saxophoniste emblématique de la culture no-wave est revenu sur le devant de la scène.
Rééditions et concerts à la clé. Incluant la France pour une calamiteuse prestation au festival BB Mix à l’automne 2005. De quoi émettre certains doutes sur l’intérêt artistique d’un tel come-back.
Contre toute attente, 2007 voyait le retour d’un James Chance en grande forme donnant un concert évènement au Triptyque au printemps dernier. Quelques mois plus tard, c’est au Nouveau Casino que le saxophoniste américain choisissait d’achever en beauté plusieurs semaines passées à sillonner le Vieux Continent.
Affublé de sa traditionnelle veste dorée et d’une détonante coupe banane, la légende new-yorkaise débarque avec ses musiciens sur la petite scène de la rue Oberkampf. Free the Punk ! ou Free the Funk !, tels auraient pu être les mots d’ordre de cette soirée.
En effet, bien que reposant sur une alchimie aussi complexe qu’indéfinissable, le son de James Chance mélange tout autant free-jazz, post-punk, funk et rock primitif. Une sorte de James Brown blanc diront certains. Les hymnes nihilistes totalement débridés aux rythmes syncopés font mouche d’emblée, élevant la température de la salle à tel point que James s’éclipse subitement en coulisses opérer un changement de pelure.
Amusant de noter la diversité des spectateurs allant de jeunes gens émerveillés, à leurs quinquagénaires nostalgiques de parents en passant par les intimes et anciens compagnons de route de James, dont l’inclassable trompettiste Jac Berrocal en renfort sur scène. Près de trente ans ont beau s’être écoulés depuis leur écriture, les titres - majoritairement issus de son manifeste Buy - semblent toujours autant en avance sur leur temps.
James Chance doit certainement être moins cinglé et moins torturé qu’à l’époque, il n’en demeure pas moins un redoutable showman capable d’hypnotiser un auditoire. Que dire enfin de sa compagne ponctuant la prestation d’improbables interruptions sur scène ? Tantôt vêtue d’une robe austère, tantôt d’allure dégingandée, la dame s’invite parmi le groupe pour étaler des chorégraphies rappelant celles d’une certaine … Brigitte Fontaine.
Le seul reproche que l’on pourrait apporter aux parisiens de Go-Go Charlton, instigateurs et organisateurs de cet incroyable show, serait d’en avoir assuré la première partie. Mais non, on rigole.