Comédies dramatiques d'Harold Pinter, mise en scène d'Alexandre Zeff, avec Nelly Antignac, Nicolas Buchoux, Philippe Canales, Florent Cheippe, Maroussia Dubreuil, Antoine Hamel, Stanislas Sauphanor, Sophie Neveu et Adeline Zarudianski.
Alexandre Zeff est le gagnant de la deuxième édition du concours des jeunes metteurs en scène organisé par le Théâtre 13 ce qui lui a donné droit à une programmation de cinq jours dans ce même lieu.
Il présente deux pièces d’Harold Pinter, qui, quoique rédigées à quarante ans d’intervalle illustrent de belle manière le verbe de cet auteur reconnu mondialement (traduit par un prix Nobel littérature en 2005). Ces écrits ne traitent pas seulement de la communication et de ses faux-semblants, ses sens cachés, son incapacité à transmettre et dévoiler les vérités intérieures des personnages, ils sont aussi politiques.
Dans "Le monte-plats", Ben et Gus sont deux tueurs à gage qui attendent de voir arriver leur "client"… Leur attente est rapidement interrompue par la descente d’un monte-plats chargé de mystérieuses instructions. Comme avec l’organisation pour laquelle ils agissent, les deux hommes obéissent du mieux qu’ils peuvent à ces injonction surgies de nulle part, résumées en liste d’aliments de plus en plus improbables.
Alors que Ben, malgré l’absurdité des commandes, obtempère sans broncher, Gus commence à se poser quelques questions et fait partager à son compagnon ses interrogations. Mais la contestation n’est pas de mise et l’obéissance aveugle une loi fondamentale : Gus va l’apprendre à ses dépens…
Dans "Célébration", l’absurde prend un autre visage. Cette pièce met en scène le dîner de trois couples dans un restaurant branché : l’une des tables est occupées par Lambert et Julie qui fêtent leur anniversaire accompagnés de leur frère (Matt) et sœur (Prue) respectif ; l’autre est occupée par Russel, un banquier, et sa compagne Suki. Ce que nous entendons et voyons n’est pas ce qui fait réellement jour.
Derrière les discours creux, les propos plats gonflés de vulgarités, la vérité de leur ressenti est là et apparaît cheminant sous les sarcasmes. Elle se dévoile soudain dans un discours insensible, presque anesthésié, à travers des propos crus et violents. Dans cet univers confiné, englué dans un enfermement malsain, le maître d’hôtel et une jeune serveuse participent à l’élaboration d’une situation dévolue au néant intellectuel.
Seul un serveur, cherche à percer le réel et à communiquer avec les hôtes attablés. Il parle de son grand-père et des personnes qui l’on entouré mû par un désir de partage véritable, d’échanges sensibles et humains. Chez lui, contrairement aux convives attablés, le dit et le ressenti se confondent, l’exaltation n’est pas dissimulée.
Dans les deux pièces, les répliques s’intercalent, se chevauchent dans un débit parfois impressionnant ponctuées par les descentes régulières d’un monte-plats infernal ou les interventions d’un membre du restaurant. Chaque geste, chaque visage est entièrement "entendu" comme partie intégrante d’un discours, parfois lui-même incapable de dire quoi que ce soit, et participe activement à l’élaboration d’une mise en scène totalement aboutie.
Une minutie qui se retrouve dans l’interprétation de chacun des acteurs : protagonistes de ce laboratoire humain, ils évoluent de manière rigoureuse dans cet espace indéfinissable, qui en arrive néanmoins à être le seul à les définir. Tous absolument convaincants et drôles, ils servent de belle manière les textes féroces d’Harold Pinter.
