Il me semble, sans dire un paquet d’énormes conneries, que la génération des vingtenaires de l’année 2000 ont tous été traumatisés, dans une moindre mesure touchés, par Mathieu Chédid et sa schizophrénie. Un peu moins par ses albums barbapapa qui suivirent, dégoulinant de bonheur et d’accords en majeur. Jusqu’à l’épitaphe rose bonbon du duo avec Sean Lennon juste même pas bon. Pas drôle.
Et ce Nichloson, avec son dernier album Les Rastas et les Punks, me replonge dans la même ambiance début de siècle. Cette forte impression qu’on pouvait être français et accepter ses origines anglo-saxonnes sans déblatérer des paroles trop….
Un timbre de voix sur le fil, une guitare claire et des chœurs mi-fantômes mi démons qui donnent au premier titre ("Un si bel accident") un bel avant-goût du reste. Et pas des moindres. De la VRAIE pop pas bafouée, pas violée qui fait la part belle aux mélodies, aux influences (Gainsbourg sur l’excellent "Icones", forcément, le titre parfait) et guitares qui planent. Aéroplanes. Période Homme à tête de chou sur la chanson éponyme, le dub moite des gens qui ont tout compris à l’hétéroclisme.
Avec ce titre, Les rastas et les punks, on aurait pu s’attendre au pire du rock de province joué par le dernier poète aux références nouvelle scène gnagnan. Mais c’est la queue entre les jambes qu’on rentre au bercail tant l’apport technologique de la production renvoi les clichés dans leur niche.
Ca file droit dans les rangs et la parole est commandante (le swing électronique d’"Un supplément d’âme"). C’est alors qu’on repense la scène parisienne et ses références, ses tics de production, sa gouaillerie sauvage en se disant finalement que la province est une péninsule qu’on aurait bien intérêt à visiter un peu plus souvent.
Des rastas et des punks. Comme un ultime combat entre la langue française et la pop. Entre les drogues et la raison. Il y aurait même des ressemblances étonnantes avec le poète urbain Joseph d’Anvers, la même tentation de lorgner le bitume à minuit. Lorsque les gens dorment, et que les rastas, les punks, les dandys se retrouvent pour festoyer. Un très bon disque fait main avec dorure sur le coté.
Jusqu’au bout du CD, jusqu’aux "Doutes" de Nicholson, c’est une évidence, le garçon possède un avenir immédiat.
