L'exposition internationale thématisée concoctée par Robert Storr, le commissaire de la 52ème Biennale de Venise, se déroule en deux parties.

Au Pavillon Italia, tout d'abord, avec des valeurs sûres au caractère presque rétrospectif. La seconde, se tient dans les locaux de la corderie de l'Arsenal.

Ce magnifique espace tout en longueur offre des espaces d'exposition aux volumes impressionnants parmi lesquels les visiteurs peuvent déambuler sans problème dans une exposition résolument engagée..

Sous le titre "Think with the senses, feel with the mind", qui est aussi l'antienne de la Biennale, sous titrée "Art in the present tense", elle présente un vaste et édifiant panorama de la création contemporaine qui n'en finit pas d'alimenter la polémique sur un art qui fait parfois la part belle au voyeurisme et qui s'apparenterait souvent davantage au journalisme à sensation qu'à la création artistique.

En effet, représentative du courant "political art", elle présente les oeuvres d'artistes témoins de leur temps, des temps ressentis plutôt comme extrêmement sombres au point où le titre du film culte de Visconti "Mort à Venise" s'est imposé.

Robert Storr n’a d’ailleurs fait mystère de la problématique qu’il entendait ainsi illustrer hormis celle sur la dichotomie des sens et de la raison."When I find art where the artist is able to put together a sophisticated understanding of politics and a sophisticated understanding of the medium, then I think I have an obligation to show it."

Il s’agit de montrer l’engagement actuel des artistes dans les réalités du monde d’aujourd’hui en ce qu’il est ravagé par la guerre et la violence.

Un monde que Dieu semble avoir abandonné à la folie meurtrière des hommes, avec en symbole, pour Leon Ferrari, Jésus crucifié sur un bombardier.


Les malheurs du monde ont toujours inspiré les artistes et les photographies du Liban dévasté prises par Gabriele Basilico au début des années 90 en témoignent.

Memento mori avec les photos mortifères des mannequins blessés de Tomer Ganihar ou des pierres tombales de Jan Christiaan Braun et les décomptes macabres d'Agnasi Aballi et d'Emily Price.


Alors que Kim Jones propose des war drawings, Francis Alys est captivé par le cirage des chaussures et Angelo Filomeno pratique l'humour noir avec son "Sitiing philosopher", squelette déféquant sous un arbre en hommage à son grand-père décédé d'un cancer du colon.


Et pourtant, il ne faut pas désesperer. A telle enseigne, l'installation "A Very Beautiful Day After Tomorrow" de l'Italien Luca Buvoli qui introduit cette exposition.

Et, en tout état de cause, comme l'écrit la journaliste et critique d'art au quotidien The Globe and Mail, Sarah Milroy : "This show's intelligence leaves a taste in your mouth that not even ice-cold Prosecco can wash away."