Spectacle de Philippe Decouflé, création musicale de Brian Eno, textes de Claude Ponti, avec Philippe Decouflé, Clémence Galliard, Sébastien Libolt, Alexandra Naudet, Aurélia Petit (Manon Andersen en alternance), Christophe Salengro, Olivier Simola et Christophe Waksmann.
Jeux de mots, jeux d'ombres, jeux de lumière, jeux des corps, Philippe Découflé décline le ludique avec intelligence et pertinence pour concevoir des spectacles qui sont le reflet, terme particulièrement judicieux, d'un univers singulier.
D'aucuns les qualifient, selon une expression dans l'air du temps, celui qui croit tout inventer, "plus de père, que des fils" tirée du "Promeneur du Champ-de-Mars" de François Mitterand, d'"art total".
En effet, Philippe Découflé, danseur, chorégraphe, metteur en scène, vidéaste, pratique le mélange des genres et joue de la complémentarité des registres aussi bien des disciplines que des artistes. Mais, comme un fils de Molière, qui créait des comédies-ballets sur une musique de Lully, et un frère de Tim Burton, rien de hype dans sa démarche car ses spectacles sont non pas le reflet, bien que le terme paraisse approprié, en l'occurrence, pour "Sombrero", mais l'émanation d'une imagination kaléidoscopique et d'un imaginaire fécond.
Outre un spectacle onirique et jubilatoire, une folle sarabande cinétique et un voyage au pays des ombres et des héros qui peuplent les âmes d'enfant, "Sombrero" est essentiellement, une oeuvre picturale dans lequel on retrouve le geste et l'oeil du peintre.
Tout dans ce spectacle, le travail impressionnant de puissance et d'harmonie sur les volumes, l'abstraction de la ligne et la grâce du mouvement, la profondeur de la lumière, source de vie, et un sens aigu du noir, la fameuse "éloge de l'ombre", combiné à l'utilisation d'une technique et d'une technologie bien tempérées et imparables et à une scénographie incisive, relève de la rigueur la plus radicale et de la fantaisie la plus débridée, du graphisme le plus épuré à la poésie la plus charnelle.
La réussite de ce spectacle tient également à la richesse de la partition dévolue à chacun des protagonistes, qu'il soit ou non sur scène, de l'auteur du texte au créateur des lumières, des danseurs dont la technique permet de faire croire à l'évidence et à la simplicité de la chorégraphie aux comédiens aux silhouettes magiques, le filiforme Christophe Salengro et la ronde Manon Andersen.
Un mot encore, un conseil plutôt : se placer dans la moitié haute de la salle pour avoir l'indispensable vision d'ensemble d'un spectacle sublime.
