Pour fêter ses 25 ans, le groupe Bratsch sort Plein du monde, album de duos de très bonne facture.
Je partais avec pas mal d'à priori sur le groupe dont je me faisais une idée à mille lieux de la réalité. Il faut dire que les pochettes un brin kitschouille des albums précédents ne semblaient pas contredire mon opinion d'hier.
Je percevais ainsi Bratsch comme une sorte de groupe "folklorique". Mon avis relevait d'une appréciation biaisée, n'ayant jamais réellement tendu une oreille attentive au groupe jusqu'à cette nouvelle galette.
Plein du monde est une belle surprise, un album généreux à l'image de ses cinq fondateurs (François Castiello, Dan Gharibian, Bruno Girard, Pierre Jacquet et Nano Peylet). Ce nouvel album, comme Bratsch lui-même, est un véritable carrefour. Carrefour musical tout d'abord : Bratsch mêle merveilleusement le jazz, la musique d'Europe centrale et orientale, musique du monde, chanson... Carrefour de rencontres ensuite : Plein du monde est un album ouvert, chaleureux, fruit de rencontres musicales et humaines.
Pour fêter son quart de siècle, Bratsch a convié des artistes de différentes générations (Aznavour et Olivia Ruiz), ou d'horizons musicaux variés (Khaled, Lhassa, Nourith, Tété), des amis de longue date (Juliette et Néry) et des frères d'armes (La Rue Ketanou, Debout sur le Zinc, Sanseverino et Balbino Medellin). Le résultat est tout simplement réussi.
Album cosmopolite, Plein du monde nous offre un tour du monde des plus belles langues chantées : tzigane russe ("Nie bouditie" avec la gracieuse Lhassa), russe et français (impeccable "Mangeur de lune" avec Debout sur le Zinc), italien et français ("Frateli" avec Néry), hébreux et français ("S'envoler loin" avec la touchante Nourith), l'arménien ("La goutte d'eau" avec Monsieur Aznavour) auxquels s'ajoutent également le yiddish et l'arabe...
A cela s'invite également le métissage musical, chaque invité apportant son allant et ses propres sonorités. La poésie musicale est de mise avec Debout sur le Zinc tandis que Juliette apporte sa folie douce. Lhassa pose sa voix envoûtante et fragile alors qu’à l'autre bord la Rue Ketanou nous offre son énergie communicative.
Plein du monde s'avère une belle découverte musicale et humaine, un disque inclassable, faisant fi des frontières. Un vent de liberté et de fraternité souffle à nos oreilles. Vu l’époque, c’est foutrement bon…
