Comédie dramatique d'Harold Pinter, mise en scène de Mitch Hooper avec Anatole de Bodinat et Alexis Victor.
Dans un sous sol aménagé de manière rudimentaire, deux hommes, qui s'avèrent être des tueurs à gage à la petite semaine, attendent que leur commanditaire leur envoie leur prochaine victime.
Pendant que Ben, leader cyclothymique, le petit doigt sur la couture du pantalon, lit le journal, Gus, désoeuvré, se pose des questions sur de petits faits sans conséquence qui, cependant, l'interpellent de manière confuse.
Quant survient un grincement métallique qui rompt le huis clos : un monte-plats, objet banal et, ici, incongru, sorte d'émanation cocasse d'un deus ex machina gargotier, visiteur inanimé qui sème la menace, contenant une commande de restaurant. Le décor est planté, le ver est dans le fruit, le jeu de domination et de soumission peut commencer, le laminoir existentiel est actionné.
"Le monte plats" d'Harold Pinter monté par Mitch Hooper est une très belle réussite. Logique et évident puisque Mitch Hooper est anglais, auteur dramatique, metteur en scène et a été l'assistant d'Harold Pinter. Il est aussi l'un des quatre mousquetaires de la Compagnie Théâtre vivant qui cherche "sans défiance, sans œillères, sans manichéisme, sans angélisme à voir l’homme tel qu'il est - ni pire, ni meilleur" et prône le théâtre d'incarnation en plaçant le comédien au centre de l'aventure théâtrale.
Autant dire que la mise en scène "invisible", épurée, impalpable est réduite à l'essentiel. L'essentiel c'est le texte incarné par deux comédiens exceptionnels : Alexis Victor et Anatole de Bodinat. Voilà tout. Incontournable.
