David Lafore 5 Têtes sort son second opus, intitulé sobrement II. Beaucoup voit en son chanteur un digne héritier de Dutronc (pour son dandysme), de Vian et de Gainsbourg (pour l’amour des mots). La comparaison est certes facile ou redondante (toute la presse en parle !), mais nous n’allons pas jouer la carte de l’originalité en mentionnant une quelconque filiation avec Dick Rivers ou Richard Gottainer.
Ce second album ne marque pas de réelle rupture avec son prédécesseur. Compositeur de 10 des 11 titres de l’album et auteur de l’ensemble des textes, David Lafore poursuit son bonhomme de chemin accompagné de ses quatre acolytes (Mathias Barison, Quentin Le Roux, Djamel Taouacht et Thibault Frisoni). Il serait réducteur de réduire le groupe au seul chanteur, tant l’apport des autres membres est loin d’être négligeable, notamment au niveau des arrangements ("Bouche fermée").
La griffe du second album de David Lafore 5 Têtes : des textes oscillant entre poésie romantique et cynisme, des sonorités allant de la pop classieuse à des musiques plus métissées et colorées. David Lafore chante en crooner désabusé et nonchalant, n’hésitant pas à conclure certains textes tel un gamin sautant à pieds joints dans une flaque (sympathique conclusion de "Les mots tendres"…). Autant vous dire qu’on n’en sort pas indemne.
Sa plume est tour à tour incisive, un brin effrontée, sarcastique et coquine. "20 francs", chanson enfin couchée sur disque après une existence scénique, s’inscrit dans la dernière catégorie. Un texte grivois, que certains aiment à comparer à la prose gainsbourienne des "Sucettes". Tout un programme !
Il est difficile aujourd'hui de se faire une place (si possible originale) au sein de la sacro-sainte nouvelle scène française (ou SSNSF pour les intimes). David Lafore 5 Têtes réussit néanmoins à sa glisser et à se frayer un chemin en raison notamment de son côté poil à gratter. Les comparaisons qui collent à la peau de sa tête pensante (héritier d'un tel, fils spiritueux d'un autre...) doivent être mises de côté pour apprécier la singularité artistique du combo.
Classieux mais irrévérencieux à souhait !
