Bière, pizza et Tchekhov … on croit rêver ? Oubliez les stades de foot ! Oubliez vos préjugés : NON, le théâtre n’a rien de barbant ! OUI, il peut sentir la sueur ! Essayez les matches d’impro, pour voir…

Née en septembre sur les cendres des Aixités (Aix Improvisation ThÉâtre), la jeune ligue d’improvisation du pays d’Aix (LIPAIX) conviait ce samedi soir ses camarades de la ligue d’improvisation de La Ciotat (LICIO) à un match en 2 périodes, joué sur la micro-scène d’un pub acceptant d’ouvrir ses portes au public ravi et déchaîné, habitué ou curieux de ce théâtre-sport d’un autre genre.

Pour ceux qui ne seraient pas familiers de la chose, bref aperçu du concept, importé du Québec où il divertissait à l’origine les amateurs de hockey lors des repos entre les tiers-temps : sous la houlette d’un arbitre, patibulaire mais néammoins impartial, deux équipes de six joueurs vont devoir, à tour de rôle ou en se mélangeant, composer des scènettes sur des thèmes imposés, après un temps de réflexion d’une trentaine de secondes seulement.

Pour corser le tout, enfin, des contraintes peuvent être imposées : à la façon de Marguerite Duras, ambiance médiévale, en bougeant au ralenti, en chantant… A l’issue de chaque improvisation, le public vote, à l’aide de pancartes, pour l’équipe qu’il estime avoir été la plus brillante. ; à chaque improvisation un point est ainsi marqué par l’une ou l’autre équipe ; à l’issue du match, l’équipe ayant accumulé le plus grand nombre de point remporte le match.

Il va de soi que ce type de spectacle (car c’en est un, ne l’oublions pas) nécessite de sérieuses qualités de comédiens et une imagination vive autant que vaste, les pauvres joueurs étant généralement mis à mal par des thèmes aussi saugrenus qu’impossibles, pour la plus grande joie du public.

Après l’échauffement public ("réglementaire ET obligatoire"), le match débute par l’hymne de chacune des deux équipe. On rentre ensuite immédiatement dans le vif du sujet, avec la première improvisation, qui donnera ce soir-là à l’arbitre l’occasion de siffler une faute (eh oui !) à l’équipe d’Aix, qui ne comptait que cinq joueurs au lieu des six prévus par le règlement.

Le match s’enchaîne alors rapidement, avec des thèmes tels que "Peggy la voleuse d’amour"; "La mort de Billy Bol" (façon western) ; "L’amour du camion" (joué par les demoiselles de chaque équipe uniquement) ; "L’éternité" ; "Le nain jaune" ; "L’enfance du roi Pépin" (en deux parties). Les équipes se partagent les faveurs du public, rivalisent d’ingéniosité et d’humour.

A la mi-temps, derrière la bonne humeur et la légèreté de tous les participants, le score de 3-3 peut laisser supposer une deuxième période disputée. Ce n’est d’ailleurs que sur le score encore serré de 7-5 que la Lipaix l’emportera finalement. Mais si une victoire à domicile a tout de la performance attendue, aller gagner en déplacement à La Ciotat pour le match retour tiendra encore de la gageure, tant il est clair que le niveau des deux équipes peut laisser à chacune l’espoir de l’emporter.

Mais le véritable grand gagnant de cette soirée, c’est certainement ce public ravi qui a su tout au long de la rencontre démontrer son enthousiasme, son hilarité, et son animosité envers l’arbitre, qu’il a allègrement enseveli sous les jets de chaussettes et pantoufles (une autre tradition des matches d’impro : on en remet une paire à chaque spectateur, pour qu’il puisse extérioriser sans danger son animosité de anti-arbitrale de rigueur).

Un beau match, joué, certes, dans un stade qui n’avait rien de Vélodrome, qui portait même sur lui quelque chose de l’indigence dont souffre trop le théâtre d’improvisation en France, faute d’être souvent admis dans les théâtres eux-mêmes ; mais un match qui a su montrer tout ce que l’on était en droit d’attendre de la jeune LIPAIX, organisatrice de cette soirée réussie.