Sarah Tullamore, chanteuse, comédienne, musicienne, voix off, a créé Estelle Bright, un personnage de midinette à la voix de velours qui cherche le prince charmante avec une naïveté déroutante, héroïne du spectacle éponyme, sous-titré "petite comédie musicale pour grandes personnes", qui connaît un beau succès depuis plus d’un an.

Ce one woman show musical pétillant et pétulant de coloration comique permet à Sarah Tullamore de montrer l’étendue de ses talents.

Rencontre avec une jeune anglaise à l’accent délicieux, au sourire désarmant dont la carrière est placée sous le signe d’un professionnalisme revendiqué et exigent.

Chanteuse, comédienne, danseuse, musicienne, voix off…voilà bien des activités. Comment tout cela est-il arrivé et faîtes-vous partie de ceux qui sont tombés dedans dès l'enfance ?

Sarah Tullamore : Je me suis toujours intéressée au domaine artistique sous toutes ses formes. Mais tout n'est pas venu du jour au lendemain. C'est le fruit de beaucoup de travail. Quand j'étais petite je pense que je ne savais pas que j’en ferai mon métier. Mes passions étaient la danse et le chant. Le chant a prévalu parce que j'avais des prédispositions naturelles au niveau de la voix. Et j'ai commencé très tôt à faire des spectacles en Angleterre car j'étais dans un lycée qui était très axé sur les disciplines artistiques. J'ai enregistré pour la BBC dès l'âge de 11 ans ce qui m'a appris la rigueur et la discipline nécessaires et indispensables dans ce métier.

Et puis dans la pratique du chant il y a également de l'interprétation ce qui implique la comédie. J'avais envie de cela et de pouvoir jouer sur scène. Comme j'étais moins en confiance dans ce domaine, j'ai pris des cours et suivi des stages. "Estelle Bright" est le fruit de tout ce travail pour relever le défi de la comédie. Et dans ce spectacle il y a aussi de la danse car je pense qu'une artiste doit être complète. Je suis aussi musicienne et j'ai fait pendant très longtemps de la flûte à bec et de la flûte traversière ce qui m'a beaucoup aidé pour les arrangements vocaux que j'ai réalisés pour ce spectacle et qui est une activité que j'adore.

A ces prédispositions vocales s'est-il ajouté le travail technique ?

Sarah Tullamore : Oui. Le travail est indispensable pour progresser même si on a une voix naturelle. Il faut acquérir la technique du chant et être d'autant plus vigilent quand on a des prédispositions car tout semble si facile.

Nous nous rencontrons à l'occasion de votre actualité qu'est "Estelle Bright". Pourquoi avez-vous ressenti aujourd’hui ce besoin de monter sur scène dans ce registre difficile, un peu saturé et risqué qu'est le one man show ?

Sarah Tullamore : Je pourrais répondre parce que j'aime le risque et les défis. En fait, j'avais déjà l'habitude de la scène puisque j'ai fait des tours de chant et joué dans des comédies musicales. Et il y a environ deux ans j'ai vraiment éprouvé le besoin de faire un spectacle pour moi où je serai seule sur scène. Au départ, il n'était pas question d'"Estelle Bright" mais plutôt d'un tour de chant composé de chansons du répertoire masculin et de les revisiter à ma sauce tout simplement parce qu'il s'agit de chansons que j'aime personnellement.

Et puis je me suis interrogée sur l'originalité d'un tel spectacle et il s’est produit une succession de petits évènements qui m'a donné le début d'une autre histoire qui a été la première version d'"Estelle Bright". Et je me suis dit que ce serait bien que la comédie y tienne une place aussi importante que le chant et que je le fasse en français. Tout s'est ensuite mis en place de manière naturelle. La rencontre avec mon metteur en scène et maintenant co-auteur Frédéric Baptiste a été déterminante car nous sommes sur la même longueur d'ondes. En écrivant nous nous sommes rendus compte que la forme du spectacle se dégageait spontanément, une petite comédie musicale pour grandes personnes.

Pour la partie musicale ce sont des chansons que vous teniez absolument à chanter ou des choix qui se sont imposés du fait de l'argument retenu ?

Sarah Tullamore : C'est 50-50. Au début de l'écriture, j'ai recensé les chansons qui correspondaient au thème que je voulais illustrer et certaines se présentaient comme incontournables. D'autres sont apparues évidentes au fil de l'écriture. Car il ne s'agit pas simplement de saupoudrer le spectacle de chansons. La chanson illustre l'intrigue et même la développe.

Le personnage d'Estelle Bright est très contemporain. On fait souvent le parallèle avec Bridget Jones par exemple. Va-t-il devenir récurrent ?

Sarah Tullamore : Ha ! Avant de répondre, je vais préciser que pour moi Estelle Bright ne ressemble pas à Bridget Jones qui est mal dans sa peau. Elle se situe plutôt entre Carrie Bradshaw de Sex in the city et Sweet Charity de Shirley Mc Laine. Cela étant, avec l'équipe nous pensons bien évidemment à la suite mais pour le moment ce spectacle est notre actualité et nous espérons partir en tournée. J'ai aussi la chance de pouvoir jouer au Festival Juste pour rire à Nantes début avril.

Cela étant la suite sera-t-il "Estelle Bright 2", un film, un petit personnage pour la télévision de format court comme "Un gars, une fille" ? Pour le moment nous ne le savons pas. Mais il est vrai qu'Estelle Bright est un personnage qui plaît au public et cela toutes générations confondues puisque nous avons fait 100 représentations à l'Espace La Comédia de janvier à juin 2006.

Avez-vous d'autres projets ?

Sarah Tullamore : Oui, j'ai beaucoup d'autres projets en tête mais ils sont un peu en stand by parce que je ne peux pas tout faire en même temps et qu'il est mauvais de se disperser. Par ailleurs, je pense qu'il y a encore des pistes à explorer pour Estelle Bright. Comme par exemple jouer à l'étranger. Mais je me remets un peu à la création musicale et j'ai notamment un projet d'album composé de chansons pop-folk-jazz originales. Donc dans un domaine très différent. Il est vrai que l'aventure d'"Estelle Bright" m'a aussi permis de découvrir que j'avais un potentiel comique que je voudrais continuer à utiliser.

Le succès d'"Estelle Bright" vous a-t-il apporté plus de visibilité par rapport aux professionnels ?

Sarah Tullamore : Oui, cela vient doucement mais l'élément important est la médiatisation. "Estelle Bright" m'a permis d'auditionner pour un petit rôle que j'ai obtenu dans le prochain film de Sophie Marceau par exemple.

En France, il y a un public pour la comédie musicale mais cela a du mal à se concrétiser de manière positive.

Sarah Tullamore : Je pense que cela est en train de changer. Il y a des adaptations françaises d'œuvres connues par exemple comme "Cabaret" qui se joue en ce moment à Paris aux Folies Bergères. Il y a aussi des créations en français. On fait maintenant la distinction entre comédie musicale à la française et théâtre musical en français. "Estelle Bright" appartient à cette dernière catégorie. Du moins c'est vraiment ce à quoi nous avons travaillé.

Et "Estelle Bright" est nominé dans la catégorie "Meilleur spectacle musical" au Festival des musicals francophones consacré au spectacle musical qui existe depuis 2005 et se déroule à Béziers. J'en suis très contente car il y avait beaucoup de spectacles en lice. Et les votants sont des professionnels ce qui présente pour moi une bonne validation de notre travail. Nous ne sommes plus que 5 en compétition et je reste confiante !