Jean-Marie Lecoq n’est pas né de la dernière pluie et son nom est associé aussi bien au théâtre qu’à la chanson. Il sévit aussi bien comme comédien, metteur en scène, auteur, chanteur et directeur de compagnie.

Sa binette farceuse et joviale a été croquée par Maëster, dessinateur, caricaturiste et scénariste français de bande dessinée sévissant au Fluide Glacial et créateur de Athanagor Wurlitzer et Soeur Marie-Thérèse des Batignolles, sous forme d’une pomme haute en couleurs, petit vers inclus, pour son spectacle "Adam le sans logis de la logique" actuellement à l’affiche du Théâtre du Renard.

Un spectacle musical dans lequel un clochard haut en couleurs et habile au maniement du verbe et de la rime nous raconte l’Histoire de France et notamment la Genèse de manière truculente, toujours avec esprit et poésie sous le rire.

Rencontre en coup de vent avant une représentation pour une interview mené tambour battant.

Vous n'êtes pas un débutant et vous avez un CV à rallonge. Vous avez tout fait !

Jean-Marie Lecoq : Oui. J'ai tout fait. J'aime bien cette expression "J'ai tout fait" et non "J'étouffais" ! J'ai fait du théâtre de rue, du musical, du cirque, du théâtre, du cabaret, …

…et de la mise en scène et vous avez aussi été directeur de compagnie. Où en êtes-vous aujourd'hui ?

Jean-Marie Lecoq : J'en suis avec mon spectacle "Adam le sans logis de la logique" qui représente un peu une synthèse de tous les registres que j’ai explorés auparavant. C'est de la chanson et du one man show traditionnel dans le sens du "cabaret rive gauche".

Comment avez-vous procédé pour composer ce spectacle ?

Jean-Marie Lecoq : Au départ les textes n'étaient pas destinés au théâtre. Ensuite je pensais les jouer accompagné d'un pianiste, puis après j'ai opté pour être seul sur scène en chantant a cappella. Et quand j'ai présenté ce spectacle au Festival d'humour Performance d'Acteur de Cannes il y a 2-3 ans, Jean-Michel Boris l'ancien patron de l'Olympia me dit qu'il trouvait ce spectacle formidable mais qu'il gagnerait à être accompagné d'un accordéon qui collerait bien avec l'image populaire. Et effectivement j'ai retenu cette suggestion mais avec une accordéoniste pour avoir une image féminine face à ce clochard déjanté, un peu trop mâle et un peu bourru, pour apporter le lyrisme et la poésie. Et cela donne une belle osmose entre les textes, la musique, le chant et les deux personnages.

Comment avez-vous imbriqué les textes et les chansons dont vous êtes l'auteur ?

Jean-Marie Lecoq : Au départ, il s'agissait de choses un peu éparses. J'ai choisi pour chronologie l'histoire de l'humanité et cela s'est mis en place de manière spontanée. J'ai ensuite fait les raccords en écrivant des textes complémentaires

Vous êtes actuellement à l'affiche du Théâtre du Renard pour 40 représentations exceptionnelles. Y a-t-il eu une programmation antérieure ?

Jean-Marie Lecoq : Oui. J'ai joué pendant 3 mois au Petit Hébertot il y a 2 ans et le public avait beaucoup apprécié ce spectacle. Alors j'ai eu envie de le reprendre surtout qu'il s'agit encore d'un bébé que j'ai envie de suivre et de voir grandir. Et d'ailleurs il a déjà évolué comme un enfant qui grandit. Je ne suis plus comme il y a deux ans un peu en force pour démontrer. Aujourd’hui, j'y vais de manière plus naturelle et plus simple et le spectacle y gagne, je crois.

Vous évoquiez l'image d'un bébé qui grandit, cela veut-il dire qu'Adam va devenir un personnage récurrent et que sa verve créatrice sera déclinée dans d'autres thématiques ?

Jean-Marie Lecoq : Oui, c'est une possibilité bien sûr. Parce qu'Adam, c'est mon masque, mon double. Ce n'est pas moi dans la vie bien sûr mais un moi rêvé. Donc il va peut être connaître d'autres aventures. Mais, parallèlement, j'ai aussi envie de créer un autre personnage, très différent, de vieux lord décadent, tiré à quatre épingles, qui serait une sorte de Lucifer.

Histoire de ne plus vous faire grignoter le crâne par ce maudit petit vers comme sur l'affiche de votre spectacle ?

Jean-Marie Lecoq : Oui. Il y a beaucoup de choses à raconter avec un diable qui est un peu aujourd'hui une présence universelle dans le monde contemporain, dans la finance, la politique, la guerre... Ce registre et ce personnage un peu plus ambigu m'intéressent.

Donc vous êtes déjà en phase d'écriture ?

Jean-Marie Lecoq : De pré-écriture, dirai-je. Je glâne. Je cherche des idées et je commence à rassembler de petits bouts d'écriture. Et je laisse mûrir.

La programmation au Théâtre du Renard est assez courte. Y a-t-il des possibilités de prolongation ?

Jean-Marie Lecoq : Non parce que la programmation 2007 est arrêtée. De plus j'ai déjà bénéficié du désistement d'un spectacle.

Vous avez vu de la lumière et poussé votre landau jusqu'à la scène ?

Jean-Marie Lecoq : Exactement. Et tout cela sur les chapeaux de roue parce que fin 2006 je jouais un autre spectacle en Suisse. J'ai disposé d'une semaine pour tout mettre en place, répéter et former une 2ème accordéoniste. Cela étant si ce spectacle peut être repris dans un autre lieu j’en serai bien sûr ravi. Et puis j'ai aussi des envies de tournées car je pense que ce spectacle marchera bien en province si j'en juge par les représentations ponctuelles que j'y ai déjà donné. Le public aime l'humour et les jeux de mots.

Votre spectacle est effectivement très travaillé au niveau du texte. Il ne s’agit pas d'un banal one man show dans lequel on raconte le quotidien. Vous aimez jouer ainsi avec les mots ?

Jean-Marie Lecoq : Oui. Je suis un grand admirateur de Devos et de Bobby Lapointe, de Queneau et de tous les univers un peu surréalistes, dadaïstes et absurdes et je pense que cela est en moi. Depuis toujours et même dans d'autres types de spectacles que j’écrivais j'y glissais toujours un peu de cette veine surtout dans les chansons qui me paraissent le plus apropriées à cet exercice. Les mots ont toujours au minium un double sens et on peut leur faire dire beaucoup plus que leur sens premier. Et même quand cela paraît insensé ils ont un sens.

Quels sont vos autres projets ?

Jean-Marie Lecoq : J'ai plusieurs projets en tant que comédien dont je ne peux pas encore parler. Par ailleurs je suis en fin d'écriture d'un opéra bouffe un peu loufoque qui s'appellera "Hypocondriaque 1er roi de Neurasthénie"…

…qui je suppose n'engendrera pas la mélancolie ?

Jean-Marie Lecoq : Exactement. Ce projet c'est pour 2008. J'ai également écrit un texte que je vais aussi mettre en scène pour ma compagne Véronique Attali qui va le jouer à Montreuil dans un mois.

Avant de vous laisser filer pour préparer le petit gourbi d'Adam, quelques spectacles que vous avez appréciés ?

Jean-Marie Lecoq : Ces derniers temps je n'ai guère pu aller au théâtre mais j'ai vu "Le cabaret des hommes perdus" au Théâtre de la Pépinière Opéra que j'ai trouvé excellent tant pour l'écriture, l'interprétation et le sujet.

Ce spectacle est un spectacle musical. Vous êtes particulièrement sensible à l'aspect musical ?

Jean-Marie Lecoq : Oui. Tout à fait.

Bon, ça va pour le timing ?

Jean-Marie Lecoq : Oui. Il n'y a rien à ajouter. Merci beaucoup !