Comédie dramatique de Marivaux, mise en scène Christian Colin, avec Isild Le Besco, Audrey Bonnet, Grégoire Colin, Jean-Jacques Levessier, Alexandre Pavloff, Lisa Sans/Gaëlle Héraut, Marie Favre, Julie Moreau, Frédéric Sonntag et Arnaud Stephan.
Voilà un spectacle qui va faire courir le tout-Paris du fait de la présence pour la première fois sur scène d'Isild Le Besco et Grégoire Colin, qualifiés de "jeunes acteurs d'exception", et couler beaucoup d'encre en raison des partis pris de Christian Colin qui s'écarte délibérément des mises en scène politiquement correctes des textes classiques.
Cela étant, "La double inconstance" n'est pas un "marivaudage" léger mais une peinture de moeurs plutôt cynique et terriblement d'actualité. Silvia et Arlequin sont amoureux mais le Prince convoite la première et Flaminia séduira le second. L'amour ne résistera pas aux attraits de la nouveauté surtout quand cette nouveauté s'ébat dans les beaux quartiers.
Le thème est effectivement intemporel et donc d'une remarquable modernité à l'heure des amours contingentes et de l'incongruité de tout engagement. L'amour est comme un rhume des foins, il vient puis s'en va. Silvia ne dit-elle pas : "Lorsque je l'ai aimé, c'était un amour qui m'était venu. A cette heure que je ne l'aime plus, c'est un amour qui s'en est allé. Il est venu sans mon avis, il s'en retourne de même, je ne crois pas être blâmable." et la séparation prend des allures de congé ancillaire : "Qu'est-ce que vous me diriez ? Que je vous quitte. Qu'est-ce que je vous répondrais ? Que je le sais bien. Prenez que vous l'avez dit, prenez que j'ai répondu, laissez-moi après, et voilà qui est fini."
En toile de fond, des projections sur des panneaux de toile blanche et des personnages en costumes d'époque. Au premier plan, une bordure de terre matérialise le bourbier des sentiments dans lesquels se vautre le quatuor infernal.
La mise en scène de Christian Colin alterne entre distanciation et réalisme onirique ce qui peut déstabiliser le spectateur et alimentera sans doute la polémique sur la liberté créatrice du metteur en scène, de même que le jeu "maniaco-dépressif" des comédiens, don tla prestation est au demeurant hallucinante, qui correspond au ressenti voulu par celui-ci entre "les douceurs du fantasme et les électrochocs de la lucidité".
Toutefois mieux vaut le savoir avant d'embarquer pour cette "autopsie" de l'amour qui dure deux heures.
