Comédie dramatique de Jordi Pere Cerda, mise en scène de Neus Vila, avec Anne Gerschel, Nathalie Lacroix, Aurélie Rolin et Anne-Juliette Vassort.

Après Joan Casas, dont la pièce "Le dernier jour de la création" mise en scène par Aurélie Robin et interprétée par Neus Vila et Cédric Chayrouse, la Compagnie du Sarment, investie notamment dans la diffusion du théâtre catalan contemporain, propose de découvrir le poète et dramaturge Jordi Pere Cerda avec "Quatre femmes et un soleil" au Théâtre de l’Opprimé.

Nous retrouvons Neus Vila à la mise en scène, Cédric Chayrouse à la scénographie et Aurélie Robin sur le plateau, entourée de Nathalie Lacroix, Anne Gerschel et Anne-Juliette Vassort, quatre comédiennes remarquables au service d’une langue lumineuse.

La langue de Jordi Pere Cerda, qui a lui-même assuré la traduction en français, est d’une beauté, d’une force, d’une concision remarquables mise au service d’une dramaturgie réduite à l’essentiel, à l’essence de l’homme, dans la grande tradition du théâtre antique. Ce qu’il nous raconte c’est la tragédie humaine qui ne connaît ni frontière ni calendrier.

Il faut absolument préciser que l’auteur est un autodidacte né dans un milieu très pauvre à une époque, le début du 20ème siècle, et dans une région, la Cerdagne dans les Pyrénées catalanes françaises, où l’accès à la culture n’était pas évidente pour rappeler que cette dernière et la création artistique ne sont pas l’apanage des lettrés urbains et des classes nanties. Par ailleurs, même si ces quatre femmes sont profondément ancrées dans leur temporalité, le monde rural de la deuxième guerre mondiale, il n’œuvre pas dans le réalisme populiste.

Quatre femmes. Le chiffre de la double dualité. Deux générations pour deux femmes en miroir. Des femmes dans le huis clos de la maison, du foyer, de ce lieu sans homme, l'homme, quand homme il y a, est ailleurs, dehors. Un monde de femmes mais sans solidarité féminine ni sororité. A chacune son enfermement, sa liberté et ses choix.

Margarida, la mère, symbole de la matrice, des traditions, de la pérennité archaique, celle qui a définitivement tourné le dos à la fenêtre règne sur la maisonnée comme elle régente la vie de sa toute jeune fille Adriana et de Bepa sa belle fille aux aspirations libertaires et celle de Vicenta, sa belle sœur, liées toutes deux par les renoncements du passé. L'histoire prend souvent un malin plaisir à se répéter et l'arrivée des beaux jours et d'un saisonnier dans la vallée de neige réveille les sens et réveillent les fantômes.

La mise en scène de Neus Vila épurée à l’extrême et l'incarnation des comédiennes de ces femmes toutes en corps retenus et en sentiments muselés ouvrent le champ libre à la parole, au verbe universel de Joan Pere Cerda, une langue simple et forte dont chaque mot lourdement pesé.