Comédie dramatique de Gianina Carbunariu, mise en scène de Christian Benedetti avec Pauline Bureau, Bastien Ehouzan et Vincent Ozanon

Madalina, Bogdan et Voicu partent vivre le rêve occidental loin de leur Roumanie et accomplir leur dessein. C’est l’Irlande qui devient leur terre d’asile. Leur foi et leurs ambitions y sont malmenées et la dureté de la vie, qu’ils ont déjà expérimentée, n’est pas absente de ce faux eldorado. Pourtant ils restent, envers et contre tout et cherchent à tout prix à vivre légalement sur cette terre qui ne les a pourtant pas appelés…

Madalina voit ses aspirations de pop star à la sauce Madonna s’envoler pour l’odeur de kebab sur son tablier puis celle des hommes sur son corps, corps régenté par son compagnon Voicu, qui emploie la fraîcheur de cette dernière pour financer son séjour au cœur d’un territoire chimérique. Bogdan, étudiant en arts visuels, se nourrit quant à lui de leur quotidien graveleux pour matérialiser son projet professionnel et remplir sa propre vie.

Malgré tout, ses trois solitudes qui vivent de l’un et dans l’autre sont nouées aux mêmes racines et aux mêmes douleurs. Leur délaissement respectif les rapproche et prédétermine leur cohabitation.

L’écriture vive, acérée et si réaliste de Gianini Carbunariu nous conte cette cruelle fable pragmatique qui questionne sur les liens et l’identité de chacun : dans l’exil, la patrie d’origine s’éloigne et permet de nourrir l’illusion de la terre d’accueil pour ceux qui sont restés au pays…

Le décor du Théâtre-Studio d’Alfortville (un ancien entrepôt de vin) concourt au réalisme de l’histoire et définit un univers la fois retranché et rattaché irrémédiablement au monde extérieur.

Une création violente, de cette violence ordinaire qui se joue des fausses pudeurs et présente la réalité sans vernis. A l’intérieur de cet abîme, les trois acteurs se touchent, se frappent et s’entraînent sur les ailes du cauchemar et du rêve éveillé tout en conservant un ton et un humour grinçant. Le spectacle avançant leur permet de nouer une relation et des liens de communication qui peinent à s’installer au départ.

Une pièce longue mais prenante, sans concession.