MSTRKRFT, prononcez Master Kraft, n’y va pas avec le dos du saphir pour ce premier album, sorte de phoenix né des cendres du mythique et violent DFA 1979.
Car Jesse Keeler (ancienne basse de Death from Above) et Al-P (le produteur de DFA) semble avoir jeté le mythe avec l’eau du bain pour se recréer en faiseur de tubes sous une appellation sans voyelles. Et le résultat, disons le tout de suite, peut laisser quelques froncements de sourcils à l’auditeur scrupuleux. The looks, forcément, porte bien son nom.
"Work on you" démarre sur la platine, et c’est sans équivoque que le beat l’emporte sur la mélodie, avec cet embêtant réflexe de Pavlov qui fait danser même si le corps ne suit pas. Une sorte de GHB pour clubber, qui viole l’oreille contre son gré. La faute à une production léchée et une voix vocodée un brin poussive sept ans après l’essor de la French Touch. "Work on you" ne travaille pas sur moi, désolé.
Et puisqu’il faut écouter l’album en mode skip, "Easy love" s’enchaîne sur la platine à la mode de Myspace, en mode éphémère et superficiel, avec ses claviers terriblement 90’, horriblement datés, le vocoder ("Whevener you want meeee / Whatever you need meeee") semblant presque moderne dans l’amas brinquebalant de la production putassière pour teenagers au vide cérébral à peine plus large que leur jean taille slim de chez Versace.
Master Kraft semble avoir écouté LCD Soundsystem et tous ces pionniers dont DFA a fait partie, mais semble ne pas avoir lu la notice. Et "She’s good for business" confirme la tendance, le revival nosta’ des 90’, avec une recover sur laquelle Depeche Mode ne se serait même pas penché.
The looks fait mal aux oreilles, pour rester sur les organes officiels, et regarde dans le rétro mellow sans inventer le son de demain. La boite à rythmes, similaire sur l’ensemble des pistes, s’emmêle les pinceaux. Même Goldfrapp semble plus excitant une fois en tenue H&M cheap et pas chère sur la piste de danse.
Le second degré eut été plus grand, et l’on aurait pu croire au pastiche de générique 80’, toutes ces séries Z où le héros courait très vite pour échapper aux méchants, en ayant le brushing toujours parfait, en dépit des ventilateurs de studios.
A force de trop regarder le dancefloor, on se prend les pieds dans le clubbing. Cet album est à ranger loin, très loin au fond de la discothèque, de peur qu’un voisin fouille et vous dise "Je peux écouter ca ?! ". Non, définitivement non.
