Monologue polyphonique de Catherine Benhamou, mise en scène de Gilles Bouillon avec Catherine Benhamou.

Catherine Benhamou joue la mère morte dans "Fin de partie" de Beckett. Quel rôle pour une comédienne lorsqu’on lui fait passer la majeure partie du temps dans une poubelle ? Actrice du silence et de la mort, peut-elle se permettre de penser, de sentir, de raisonner et d’exister à l’intérieur de la pièce ?

Une nouvelle partie commence alors pour celle qui se retrouve seule dans cet espace confiné, lieu insolite et vide qui amène les questions et exacerbe les émotions.

Cette réclusion intensifie son besoin de vivre et accroît l’introspection. Pour celle qui vient de perdre sa mère, il est difficile de savoir comment se placer dans une pièce où elle la joue morte…

Adresses à l’auteur, aux autres comédiens et aux spectateurs l’aident à cheminer dans ses pensées et ses sentiments ; la progression de la comédienne se fait par petites touches émouvantes, drôles et torturées. Ses mots, qu’elle a jetés sur le papier à l’intérieur de sa poubelle sont retranscrits dans un mouvement tourmenté sur scène au gré de sa douleur et de ses souvenirs.

Sa voix est forte et douce, tantôt vacillante et répétitive : elle exprime, parfois en hurlant, la douleur de la perte d’un être cher et le travail qui l’entoure, celui de construction et de reconstruction. La création n’est pas absente de ce processus où la mort fait vivre les mots.

La mise en scène simple et forte rythme le cheminement tortueux de la pensée de l’actrice tandis que le décor sobre opère de manière intelligente la mise en abyme présente dans la pièce.

Un beau moment d’émotion et de tendresse.