Comédie dramatique de Jean Giraudoux, mise en scène de Nicolas Briançon, avec Philippe Beautier, Nicolas Biaud-Maudiut, Nicolas Briançon, Olivier Claverie, Emma Colberti, Jean-François Guilliet, Lucienne Hamon, Thibaut Lacour, Pierre-Alain Leleu, Pierre Maguelon, Bernard Malaka, Claire Mirande, Elsa Mollien, Thomas Suire et Valentine Varela.

En 1935, Jean Giraudoux s'inspire de l'enlèvement d'Hélène par Paris célébré par la mythologie greco-romaine, enlèvement qui déclencha la fameuse guerre de Troie, pour écrire une pièce au titre anachronique, "La guerre de Troie n'aura pas lieu", qui évoque la situation politique contemporaine, avec une clairvoyance qui fût souvent comparée à défaitisme.

La pièce commence sur la réplique d’Andromaque, épouse d’Hector qui revient en héros triomphant, "La guerre de Troie n’aura pas lieu, Cassandre !" et finit par celle d’Hector qui n’a pu dissuader les bellicistes "Elle aura lieu !". La guerre de Troie est toujours à refaire car elle est inscrite dans l’Histoire et même les hommes de bonne volonté ne pourront infléchir l’implacabilité du destin quand ils touchent à son otage, ici la belle Hélène de Troie.

Entre ces deux répliques, Jean Giraudoux, pacifiste convaincu prônant l’héroïsme humaniste, aura dénoncé le cynisme des politiciens, ceux dont il écrit "Le privilège des grands, c'est de voir les catastrophes d'une terrasse", fustigé les chefs militaires ("Braves devant l'ennemi, lâches devant la guerre, c'est la devise des vrais généraux."), ridiculisé les instances internationales ("Le droit est la plus puissante des écoles de l'imagination. Jamais poète n'a interprété la nature aussi librement qu'un juriste la réalité") et illustré la manipulation des foules ("Il suffit de chanter un chant de paix avec gesticulations et grimaces pour qu'il devienne un chant de guerre.") avec un tel sens de la formule.

Pièce brillante et grave, Jean Giraudoux a écrit un véritable pamphlet contre la guerre qu’il a voulu revêtir des atours de la comédie dramatique et de la tragédie bourgeoise.

Utilisant avec classicisme le beau volume de la salle du Théâtre Silvia Monfort, Nicolas Briançon a adopté une mise en scène sobre, ingénieuse et respectueuse de l’esprit de l’auteur d’où un spectacle tous publics dans lequel Troie devient successivement l’antichambre d’un salon d’India Song, un pittoresque Clochemerle du Sud-Ouest, un huis clos à l'antique et un opéra bouffe.

La distribution, judicieuse, est au diapason et tous les comédiens concourent avec une évidente justesse à la réussite de ce spectacle.