Comédie dramatique de Bernard-Marie Koltès, mise en scène de Marilyne Rémer, avec Bruno Lagarde, Julian Maniraho, Marie Peylhard et Jean-Marc Rasori.
"Combat de nègre et de chiens" de Bernard-Marie Koltès fût choisi par Patrice Chéreau pour inaugurer le Théâtre des Amandiers de Nanterre en 1983 avec Michel Piccoli, Myriam Boyer, Sidiki Bakaba et Philippe Léotard. Depuis, Koltès est devenu un classique du répertoire contemporain.
Cette pièce qui obéit aux règles de la tragédie classique commence et s'achève par un meurtre. Dans un no man’s land, un chantier inachevé en Afrique, une interminable et ultime nuit, celle qui va engloutir les chiens comme elle a englouti le nègre, le mort, jeté dans les égouts, qui va pourrir la vie des vivants déjà étreints par la solitude et l’angoisse métaphysique. Jusqu'à la vengeance parce que la relation à l'autre est imposible.
Bernard-Marie Koltès décrit ainsi sa pièce : "Elle parle surtout de trois êtres humains, isolés dans un certain lieu du monde qui leur est étranger, entourés de gardiens énigmatiques ; j’ai cru - et je crois encore - que raconter le cri de ces gardes entendu au fond de l’Afrique, le territoire d’inquiétude et de solitude qu’il délimite, c’était un sujet qui avait son importance."
Mais le vrai sujet de la pièce est le langage et Koltès s'en est expliqué : "C’est le langage qui est le véritable sujet de la pièce ; le langage qui vous désigne, vous enferme, ne vous permet pas de communiquer."
Les textes de Koltès ne relèvent pas de l'évidence. Ce sont essentiellement des textes littéraires que la mise en représentation théâtrale ne rend pas forcément plus aisément accessibles.
Marilyne Rémer a opté pour une mise en scène très épurée qui établit une distance émotionnelle pour permettre au spectateur, évitant l'approche compassionnelle, de se colleter avec le texte et les quatre comédiens, Bruno Lagarde, Julian Maniraho, Marie Peylhard et Jean-Marc Rasori sont à l'unisson.
A voir indiscutablement.
