Comédie écrite et mise en scène par Lyes Idres avec Coralie André, Ambre Gollut et Alexandra Sallé.
L’Antre-jambes, un petit bastringue à l’alibi artistique et au nom évocateur et sans ambiguité, a survécu à la tourmente de la guerre car, quelque soit l'uniforme, les hommes restent toujours des hommes. Mais la guerre est finie et les temps ont changé. Face à la rude concurrence, les trois filles soudées qui étaient embarquées sur le même radeau ne voient pas l’avenir de la même façon.
Quand les derniers et rares clients sont partis, le cabaret devient glauque, la chair est triste, même - et surtout - en guêpière et jarretelles, les visages se décomposent sous les fards outranciers, la peau devient blâfarde, l'aube annonce un nouveau jour incertain, sans promesses, qu'il faudra inexorablement affronter.
Paulette veut en sortir même en sacrifiant ses anciennes amitiés scellées par la guerre et les galères. Les autres ont attaqué le gâteau et elle veut sa part. Chériza (Coralie André) hésite mais elle voit les années qui passent et veut accéder à l'honorabilité.
Quant à Daisy la gouailleuse, petite fille de La Goulue et d’Arletty (Ambre Gollut), qui a repris les commandes après la mort de la tenancière et ne nourrit aucune illusion, tapineuse elle est tapineuse elle restera.
Histoires de femmes, sans détours. Mais aussi métaphore de l'état de la société et des choix de société imposés par les bouleversements de l'Histoire. Les trois jeunes comédiennes sont épatantes. Elles prennent à bras le corps ces personnages troublants et émouvants et transcendent la prose singulière de Lyes Idres qui fait un peu penser à un Werner Schwab policé.Un théâtre sans manichéisme qui donne à voir et à penser. Un verbe étonnamment riche, dense, poétique pour un regard noir, sans complaisance. Seulement l'humanité. Une belle écriture, intemporelle pour un jeune auteur dramatique à suivre.
