Le "ladyfinger" est une marque déposée de vibromasseur. Si le concept est assez vibrant, le rock incisif de Ladyfinger le groupe l’est aussi. Peut-être moins féminin, moins solitaire, la dernière trouvaille US de Saddle Creek ferait presque passer le rock garage de The Thermals pour du blues d’opérette pour adolescentes à appareils dentaires.
Heavy Hands, tel est le nom de ce premier album distribué en France. Et d’emblée sur le saignant "Sea legs", on ne voit pas bien à quoi comparer ce son violent et brutal, si ce n’est au craquement des os d’un lapin entre deux portes. A cheval sur le heavy metal et la stratosphère de The Edge pour les guitares, le rock pompier de Ladyfinger touche direct le point G, sans préliminaires ni mots doux pour préparer la rencontre. A peine reconnaît-on les influences - évidentes - des Screaming Trees, de Kyuss et de QOTSA sur "Cause of shame". La même tendance à syncoper la guitare pour en sortir le beat, la force d’attaque qui se marie aux batteries martelées.
Le sémillant "Too cool for school" pourrait à lui seul être une biographie du groupe ricain. On l’imagine traînant sur les bancs de l’université, discman sur les oreilles à apprendre son petit Josh Homme illustré, ne lésinant pas sur les larsens et le tempo.
Etonnement, Heavy Hands rappelle inconsciemment la folie de Ghinzu dans ses périodes les plus sombres, prête à envoyer toute une génération de spectateurs chez l’ORL. Le rock américain brut de décoffrage s’offre ici dans toute sa splendeur, en oubliant volontairement de jouer sur les nuances. Le rock est ici noir et blanc. Pas de place pour la couleur.
Petite pause sur le "One thousand tongues" (traduction s’il vous plait…), jouant seulement à 110 BPM, et reprise des activités destructrices sur "Colored lights", Ladyfinger joue le hardcore délibéré, en arrivant du bout des finger à toucher un plus large public.
Manque hélas un brin de blues, ou d’inspirations mélodiques pour que le groupe puisse espérer séduire le plus grand nombre. L’espoir vient en dernier piste sur le "Diet Smoke", peut être le plus pop des titres de l’album, avec ses guitares U2 pas putassières.
Un bon premier album, et si le Ladyfinger est une marque déposée de vibromasseur, espérons que le groupe ne s’enferme pas dans les plaisirs solitaires, car leur jeune physique est agréable.
