Ca commence par un lourd accord de piano atonal et puis çà se transforme en sonate fiévreuse et classieuse entre orages et accalmies inespérées.

Ce premier morceau, s’il ne représente en rien la teneur musicale de la suite, représente bien les dualités et les paradoxes de cet album foutraque dans l’esprit, comme les humeurs de son homme-orchestre et des ses comparses. Alambiqués et passionnés.

Ce n’est donc que sur "One of us" que l’on perçoit les râles de la voix oppressante de Clément qui entone un poignant "You killed the child inside me", violons aux abonnés présents et section rythmique appuyée, mais hésitante, attachant, déjà…avant de dégainer un colt western spaghetti dans "Cowboyz in the hood", guitares acérées et chétives entre Blur et Sloy et pont élastique en yo-yo.

"Bigger" dévoile une mélancolie à fleur de peau, d’une beauté éhontée et imprévisible, cordes avenantes et genoux écorchés soignés au mercurochrome. "Almost anything" rappellera Calexico par ses gimmicks particulièrement efficaces entre tacos et americana des grands jours, tandis que les dégâts de la vie aboutissent au fragile "Damage" sûrement colatéral, comme un voleur d’émotions et de souvenirs ("Thief"), égoïste et peu scrupuleux. Mais il est déjà temps de se relever et de crier la joie des moments de légèreté et d’insouciance ("Youhou !") ou le cynisme de la difficulté de se lever au crépuscule d’une nouvelle semaine qui souvent ressemble étrangement à la précédente ("Monday morning").

Le tube de ce nouvel album demeure le sublime "Get on the boat", la larmounette au coin de l’œil, voix perpendiculaires et arpèges de guitare classique sur toile de cordes lascives et désabusées. Magnifique.

On est alors surpris de retrouver le thème d’ouverture de "Even" ici joué à la guitare acoustique et arrangé en conséquence avant de s’égarer dans la recherche éperdue du bouton "Record" (" Where’s the red circle"). Une fin toute aussi déroutante que ne l’avait été le début.

Avec tout au long du chemin des titres aux saveurs boisées, allégories de la misère du monde, mis en forme comme un comte de l’absurde avec autant de pirouettes narratives qu’un Beckett aurait mis sur notre route afin que l’on puisse mieux (ou moins bien ?) saisir le lien entre le fond et la forme, le pragmatique et le superficiel, la vraie vie et toutes les manières possibles de s’en extraire.