Il semble y avoir une évolution nette entre "Start Breaking My Heart", dont le style était plutôt "folktronica ", et le nouvel album, plus pop. Le style de Stop.. ne te convenais plus ? Quelles sont les raisons d’un tel changement ?
Au début le mouvement musical qui entourait "Start… " était vraiment très excitant, mais depuis quelques années, je me suis lassé de ce mouvement et j’ai commencé à être plus intéressé par de vieux disques psychédéliques. Mes premiers morceaux manquaient de confiance, enfin je veux dire qu’ils étaient plus intimistes, le genre de musique que tu écoutes seul dans ta chambre.
Tu es passé par Londres dans ton parcours créatif, mais tu sembles avoir été déçu par la ville. Pour quelles raisons ?
Oui, je me suis installé à Londres à peu près à la même époque où je commençais à écrire le dernier album, et je pense que j’attendais beaucoup de cette nouvelle vie. C’était l’époque où un gros buzz sévissait sur Londres, autour du Uk Garage, mais peu après mon arrivée, les gens cherchaient déjà ailleurs ! Londres ne les intéressait déjà plus ! En fait ça m’a plutôt arrangé, j’avais plus d’espace pour réaliser ce que je voulais vraiment, et je n’ai subi aucune pression.
Dans quel état d’esprit appréhendes-tu le concert de ce soir [ndr : Manitoba remplace Calla à la dernière minute], et quelle forme prendra le set ?
Hier le set était plutôt expérimental, électronique.
Ce soir je vais mettre le feu et laisser parler le rock’n’roll.
Je trouve cela fantastique d’avoir l’opportunité de rejouer
ce soir. Je prends énormément de plaisir à jouer avec le
groupe que j’ai formé l’an dernier pour mes prestations scéniques.
Avant je jouais solo sur scène, seul derrière mon laptop. Mais
cette nouvelle expérience de groupe m’a ouvert de nouvelles opportunités.
Quelles sont tes relations avec Karen Abden, qui joue dans Fridge et Four Tet?
J’ai participé à plusieurs festivals en Angleterre,
et Frigde y donnait aussi des représentations . Nous nous sommes rencontrés
dans le sens total du terme, pas seulement musical, mais nous avons beaucoup
en commun. Puis nous sommes allés ensemble au Canada, pour des performances
dans des night-clubs.
Karen m’a poussé pour la sortie du cd quand il a écouté
mes démos.
Le groupe formé pour la scène est-il une solution qui te convient pour progresser avec Manitoba ou envisages-tu un retour aux sources ?
Si j’enregistre avec un groupe ce sera sous un autre nom. Mais j’aime aussi l’idée d’enregistrer seul, c’est tellement plus facile. Tu peux te lever à n’importe quelle heure et commencer à enregistrer. J’aime aussi l’idée d’avoir des sons relativement simples : les basses, les percussions… D’un autre côté, il est clair que les prestations live se feront désormais avec un groupe, c’est bien plus excitant et ça donne une toute autre dimension à la musique.
Le groupe ne joue donc aucun rôle dans la conception de la musique ?
Non, j’enregistre seul, et puis une fois les musiciens sélectionnés, on travaille sur les morceaux déjà écrits.
Tu sembles apprécier le travail en solo, mais néanmoins y-a-t-il des personnes avec qui tu désirerais collaborer ?
Avec Karen nous avons fait un remix de "Pick up the Phone" de The Notwist. Aujourd’hui, étrangement, les seules collaborations qui m’intéresseraient se trouve dans le hip-hop : les Neptunes, Timbaland, Madlip. Mais pour cela il me faudrait le double de temps, pour le moment je suis déjà bien occupé.
Des morceaux de ton album évoque aussi Mercury Rev. C’est une influence volontaire ou c’est juste un effet du hasard ?
C’est dôle parce que je n’avais jamais écouté de disque de Mercury Rev avant la fin de la conception de l’album. On dirait en effet que le rapprochement est conscient, ce qui n’est pas le cas. De Mercury Rev, j’apprécie plus les anciens albums, "Bosses" et "Your Self-estime", je n’aime pas trop les nouveaux, "All is a dream" et "Deserter’s song ".
C’est drôle de voir tant de canadiens éclore sur la scène musicale… on a vu Broken Social Scene, Buck 65…
Oui, et d’ailleurs depuis que j’ai quitté le Canada, les magazines commencent à s’intéresser au Canada ! Ce n’est cependant pas un mouvement conscient, au Canada chacun compose de son côté.
Sur la pochette de "Start Breaking my heart", il y avait cette arche de McDonald. Tu voulais faire passer un message politique ?
C’est dôle, on ne me pose cette question qu’en France ! En fait je n’ai fait que choisir cette image, qui m’a été présentée. Je voulais être juste un peu provocant, plus que polémique. D’aucune manière ma musique n’est politique, c’était juste l’occasion de faire réfléchir un peu les gens, les faire s’engager.