A force de trop loucher vers l’Angleterre, l’amateur de grosses révélations en finirait presque par oublier de regarder ailleurs.
S’en tenir aux préjugés sur la voisine allemande qu’on juge trop grosse et vulgaire, alors qu’elle est pleine de bonnes choses, généreuses et pas seulement sur le terrain de l’electronica. Il s’agit en l’occurrence d’un teuton voisin, Maximilian Hecker, qui avec ses hymnes pop mélancoliques semble enfin prêt à dépasser la ligne Maginot. Et sans passer par la Belgique.
Maximilian Hecker c’est une suprise à tous les étages. Combien d’artistes peuvent encore appeler leur album I’ll be a virgin I’ll be a mountain en 2006, titre absurde et génial car dérisoire.
L’allemand étonne d’emblée par son filet de voix troublant, éthéré et filtré, soufflé plus que chanté, et la beauté du titre d’ouverture "Snow white" laisse primo pantois, et puis admiratif. Monolithe de révérence à Nick Drake avec ses arrangements légers comme une après-midi à Munich en juin, et l’envolée du piano qui construit la chanson comme une introduction pop du meilleur effet, très 90’ dans la production sans paraître daté.
Le multi-instrumentiste playboy bluffe comme tous les joueurs qui ne montrent pas d’emblée toutes leurs cartes. Faisant autant référence à James Blunt sur le beurk "No more lies to reach you" qu’à REM grande période sur "Your stammering kisses", naviguant entre sentimentalisme de l’orgue Hammond et cordes sensibles. Comme tous les journalistes en mal de référence, on serait tenter de multiplier les comparaisons avec Drake pour le folk aérien enrichi, mais Hecker infiltre un piano insistant dans moult de ses compositions, quitte à frôler le ridicule larmoyant ("I’ll be a virgin I’ll be a mountain") avec des accords en larme qui coulent.
Etonnamment, c’est à Michael Stipe et sa bande d’Athènes que Maximilian pourrait être le plus facilement comparé, non pour la voix mais pour les arrangements et les suites d’accord, teintés de mélancolies et d’espoir. L’allemand est sincère, et les parties claviers s’inspirant de Air sont ici les bienvenues.
Guten morgen Mr Hecker. Qui sous ses airs de Crooner du bas Rhin possède un répertoire folk profond, spécialisé dans le low-tempo. Pas l’album à passer au Queen en transe pour parler à l’horizontal.
Plutôt l’album à jouer sur un Titanic en train de plonger dans les eaux froides. Maximilian s’avèrerait être un excellent chef d’orchestre, et bon an mal an, parvient à imposer un album anglophone sans se travestir culturellement comme Ozark Henry voila quelques mois, et sans répéter les clichés d’une langue usée jusqu’aux amygdales.
