Oui, faire rire est un pouvoir, un don. Un devoir peut-être. Et Dau et Catella s’y attèlent depuis près de 15 ans avec la même insouciance, le même goût des mots qui remplissent la pièce au détriment des décors en carton pâte. Un vrai duo aux allures de ping-pong avec la réplique pour seule balle.

Après le succès de Mais où est Don Quichotte au festival d’Avignon, lieu de leur naissance créatrice, Dau et Catella remettent le couvert avec Dau et Catella, et non le contraire. Un spectacle dans la même veine, avec les mêmes névroses et le même fil décousu qui a fait leur succès. Et il serait ici bien difficile de résumer le scénario de la pièce ; l’impression que l’histoire se construit sous nos yeux étant trop prégnante pour s’y essayer. Autant résumer l’absurde avec des mots logiques et rationnels.

Et pourtant, ces deux physiques si personnels et identifiables (Dau le petit corse au teint d’Iznogoud, Catella le grand benêt Dalton aux éclairs de génie) se suivent de pièces en pièces avec la même jouissance. L’histoire nous menant ici dans le quotidien de deux comédiens jouant leur pièces avec les plus grandes difficultés dues à l’amnésie de Catella et la folle ambition de Dau à jouer son œuvre tragique. En dépit des trous de mémoire de son acolyte, qui prend tour à tour la peau d’un comédien Italien (ses vraies origines) ou de l’acteur stupide. Qu’il joue si bien…

Comme dans Mais où est Don Quichotte, c’est par la mise en abyme que Dau et Catella font rentrer le spectateur dans leur univers. Rien n’est vrai, bien au contraire tout est faux, la pièce se jouant à l’intérieur de la pièce, miroir aux milles reflets où le néant côtoie le trop plein. On pensera au Sacré Graal des Monty Python pour la drôlerie des phrases tournées en bouche à l’infini, la répétition des scènes jusqu’à l’absurde. Des jeux d’ombres chinoises dantesques, un cheval imaginaire qui ne veut pas sortir de scène, des jeux de mots à n’en plus finir.. Le comique d’usure est ici à son zénith, en dépit de quelques longueurs vite oubliées par le génie du duo à manier la langue française avec la plus grande dextérité.

Un spectacle à conseiller de toute urgence aux réfractaires du sérieux théâtral, les deux auteurs, fidèles allumés foutraque du Fou du roi sur France Inter, sauront sans nul doute vous transporter.

Et finalement, Dau et Catella, c’est une tranche de vie dégoulinante sur un pain de mie drôlatique. Le sens est ailleurs et pourtant tellement vital…