La Poudre Aux Yeux, titre à lectures multiples est le nouvel album de Matthieu Malon qui succède à l’excellent Bancal sorti en 2024, lui-même digne héritier de Le Pas De Côté sorti en 2019 lui-même successeur de Désamour et avant lui Peut Être un jour et... Bref, on ne compte plus les albums de Matthieu Malon et encore moins ceux de ses projets parallèles, Laudanum notamment pour le versant plus électro de l’Orléanais.
Mais ce qui importe ce n’est pas le nombre, c’est tout le coeur que met l’artiste dans ses disques. Et pour celui-là, Malon a mis les bouchées doubles.
Tout d’abord parce que le disque évoque beaucoup (on imagine) sa vie personnelle (il le dit lui-même sur son site web, ce disque parle d’absence, d’abstinence, du temps qui passe et des souvenirs d’enfance).
Ensuite parce que Malon a entièrement produit ce disque seul, jusqu’au financement du disque vinyle, sans même un distributeur pour aider son micro-label Lost in Music.
Inconscience diront certains mais je crois plutôt que c’est la plus belle façon de faire vivre la musique. En y croyant si fort que l’on est prêt à tout pour qu’elle vive, pour qu’elle soit entendue. Parce que faire de la musique, pour Malon et pour d’autres, c’est bien au-delà du divertissement, c’est une thérapie, pour lui mais aussi pour ses auditeurs qui souvent mettront enfin des mots qu’ils n’ont jamais su dire sur leurs maux qu’ils portent.
Matthieu Malon a ce pouvoir-là et on le constate au fil de ses albums. "Tu étais mon pote" , "Mon Luis Ocana Rouge", "Et ce Tshirt de Sonic Youth", pour n’en citer que quelques uns, sont autant de pages d’un journal intime que nombre d’entre nous auraient pu écrire un jour.
La Poudre Aux Yeux est bien évidemment dans cette même veine. Un album assez sombre, dans les textes mais aussi dans la musique. Le chant est parfois proche du spoken word, voire de la litanie. C’est hypnotique et émouvant, brut et délicat.
Que ce soit "Dans le mille" qui fait penser à une sorte de "dark" Diabologum ou "La rivière", chanson pop rock quelque part entre Florent Marchet et Miossec, Malon a plus d’une corde à sa guitare et sait nous surprendre, nous émouvoir ("Dans le mille", "Hors-jeu"), voire nous faire danser ("La sirène").
Une musique dense, peut-être pas facile d’accès, et des textes beaux et touchants. C’est tout le talent de Matthieu Malon, poète, musicien, chanteur et héraut d’une scène rock française de haute volée.
Comme à chaque fois, la magie opère et Matthieu Malon réussit à nous faire frissonner d’émotion tout en nous donnant envie de battre le rythme avec le pied. Un disque solide, sans compromis, qui continue de tracer une route superbe bordée de falaises par un ciel d’orage.
