Un nouveau disque qui s’appelle La Vie en Jaune, et deux release parties à venir, le 6 novembre au Point Ephémère à Paris et le 26 novembre au Flashback à Toulouse, mais également deux ans consacrés à se reconstruire suite à des difficultés psychiques, Yoann, la tête pensante et dansante de HYL, a pris le temps de revenir pour nous sur l’amitié, le travail en trio, la communication qu’il gère lui-même, la santé mentale et ce que le live représente quand les festivals meurent les uns après les autres.

Froggy’s Delight : Bonjour Yoann ! D’abord comment vas-tu ?

Hyl : Bonjour ! Ça va super. C'est une sacrée course, ces derniers temps, mais je suis super content. Depuis la sortie de La Vie en Jaune il y a quelques semaines, on a des retours formidables. Je n'ai jamais eu des statistiques comme ça sur la sortie d'un projet. La courbe de croissance du projet est folle, c'est hyper motivant. Et pourtant tout n'est pas facile dans le contexte actuel, qui est quand même assez catastrophique.
Dans ma vie perso, ça va. Le projet va bien, je suis content. Je suis fatigué parce que je ne m'arrête pas, mais ça va.

Froggy’s Delight : La Vie en Jaune est sorti il y a quelques semaines. Quels sont les thèmes que tu abordes dans ce nouveau disque, et y a-t-il des thèmes nouveaux par rapport à tes précédents disques ?

En fait, j'ai commencé cette mixtape il y a deux ans pile, le 27 octobre. J'ai commencé en écrivant 27/10, qui clôture ce disque et qui est à l’image du mood dans lequel j'étais. Je n'étais pas loin de la dépression, je n'étais vraiment pas bien. J'ai commencé l'écriture de cette mixtape dans cet état et je l'ai finie en écrivant Sauvetage, qui est le morceau d'ouverture. Là, ça y est, j'ai retrouvé le sourire, je suis bien dans mes baskets. Je me suis réparé, mais il a fallu que je me fasse aider.

Au départ, j’avais dans l'idée de repartir comme avant, dans des locaux de répèt’, entre nous, reprendre plaisir à faire de la musique. Je voulais faire des singles et les rassembler ensuite. D'où le terme mixtape. Mais en fait, au début, cet état de réparation se retrouvait vachement dans les morceaux, alors que je ne cherchais pas à mettre de fil rouge. C'est pour ça que la mixtape s'appelle La Vie en Jaune. J'ai repeint ma vie en jaune, qui est une couleur de l'espoir, du renouveau, du sourire.

Dans ces morceaux, il se passe plein de choses : ça parle de réparation, de dépression, de rupture, d'amitié aussi, parce que ça a été un point important dans ma réparation, de déménagement, d'évasion, des choses qu'on aime. Un morceau comme « Pas grand-chose à perdre » parle des choses qu'on garde enfoncées dans nos ventres, du climat actuel, de politique.

C'est vraiment un disque autour de tout ce qui m'a entouré pendant deux ans de réparation. Donc il y a quand même aussi des sujets plus légers, au milieu du climat actuel et de l'ambiance générale.

Froggy’s Delight : Est-ce que ça a été plutôt libérateur ou douloureux ? Est-ce qu'il y a eu les deux états au moment de l'écriture ?

Hyl : Il y a eu les deux. Certains morceaux ont été hyper douloureux. Ca ne m'était pas arrivé autant dans les précédents.

Les Croisements, c'était déjà compliqué. C'était avant la réparation, c'était la chute, le doute. Mais là, il y a eu des morceaux très compliqués à écrire. Le 27/10, je l'ai écrit à moitié en pleurs. Ce n'était pas un morceau voué à être sorti, c'était un déversoir d'émotions, comme quand on prend un bout de papier et qu'on écrit pendant quarante minutes sans s'arrêter. A la fin, on le brûle ou on ne le regarde plus jamais. Moi j'en ai fait un morceau et je l'ai foutu sur un disque.

Il y a aussi des morceaux de rupture qui n'ont pas été faciles à écrire du tout, et un morceau très introspectif, où il y avait quand même un mal-être, le constat de trucs enfermés. Quand tu l'écris, tu te rends bien compte qu'il y a des choses qui ne vont pas, que tu as des choses à régler. C'était le moment où j’ai décidé d'aller me faire aider, d'aller voir un psy.

Ces morceaux ont été un tremplin vers la réparation, et en même temps toute cette mixtape a été hyper libératrice. Il y a des titres comme Pas grand-chose à perdre ou Sauvetage, et Regarde, qui est un morceau difficile, qui parle du monde actuel, mais que j'ai fait avec ma petite sœur. Ca a été des moments hyper forts, de lumière, de positif, de supers souvenirs de création. Il y a eu plein de nouvelles choses que je tente sur des morceaux comme J'aime, avec des listes de ce que j'aime, ou Pupilles dilatées, où on est partis dans de l'électro. On n'avait jamais fait ça.

Il y a eu beaucoup de tentatives, beaucoup de recherche, sans se prendre la tête, comme avant. J'ai trouvé ça super cool, donc ça a été très réparateur, et alors que le disque sort je me sens bien dans mes baskets. C'est quand même le symbole de quelque chose de fort, je crois.

Froggy’s Delight : Tu as continué à pas mal tourner pendant ce temps-là. Est-ce que ça a changé ta manière d'écrire, ou est-ce que tu as été obligé de te poser davantage ?

Hyl : À la fin de l’enregistrement du disque précédent, Les Croisements, on a fait une très grosse période de promo. Je me suis laissé bouffer par ça. J'avais envie de faire de la musique et, souvent, je n'en faisais pas trop. Du coup, on s'est enfermé en résidence, et c'est pendant ces temps de création, entre nous, que la plupart des morceaux ont été composés. Il y a eu trois ou quatre sessions comme ça. On va dans une maison qu'on nous prête ou qu'on loue. On installe le matériel et c'est parti. Beaucoup de textes ont été écrits comme ça. J'écris un peu tout le temps des bribes de textes, des phrases écrites dans le métro, aux toilettes, ou avant de m'endormir. Ensuite, en résidence, je fais le tri là-dedans, je pioche des idées, et les textes se construisent surtout à ce moment-là.

Ce qui a changé, je me suis autorisé à plus de lâcher-prise, être dans un mood un peu je-m'en-foutiste. J'étais en mode "je m'en fiche, je ne veux pas de fil rouge". Je me suis trop abîmé à faire Les Croisements. Vouloir faire comme les labels alors que je suis tout seul avec une petite équipe, c'était trop dur. En tout cas pour mon cerveau. Cette fois-ci, j'avais vraiment envie d'arriver et de dire « là, on fait un morceau funk » ou « là, j'ai envie d'écrire sur ça », et ça partait dans tous les sens. J'ai trop kiffé.

En fait, je suis rempli d'émotions à ce moment-là. J’ai arrêté d’essayer de tout cadrer comme avant, de vouloir faire des jolies phrases, que les multisyllabiques soient parfaits, que les rimes soient au bon endroit... Je garde une écriture mathématique, parce que c'est dans l'essence de comment j'ai appris à écrire, et ça ne changera pas mon écriture. Mais j’ai moins torturé mes premiers jets. J'en ai gardé beaucoup, instinctivement. Je me suis dit "putain, ce n'est pas parfait, mais il y a une émotion qui s'en dégage."  Et Simon et Flo, mes deux musiciens, ont su me dire "ça, il ne faut pas y toucher. Il faut le garder comme ça."

Froggy’s Delight : Est-ce que justement ça a changé la dynamique au sein du trio ?

Hyl : La dynamique existait déjà sur Les Croisements. Ce que ça a renforcé, c'est qu'auparavant on bossait avec quelqu'un qu'on adore, Léo Faubert, un super réalisateur qui a bossé sur Monopoly et Les Croisements. Or il s'est trouvé qu'il n'était pas disponible sur les dates où on commençait à bosser sur La Vie en Jaune. Du coup, au lieu de le remplacer, parce que moi je l'aime beaucoup, je me suis dit "est-ce qu'on ne pourrait pas commencer tout seuls ?" Hoodie Boy, donc le compositeur principal Simon, avait grave progressé, et je lui ai demandé s'il ne se sentait pas les reins de prendre la réalisation musicale, de finir tout depuis son studio. Ca impliquait beaucoup plus de temps de travail. On avait moins de technique et de matos qu'avant, mais on avait deux super mixeurs, Yoan L et Benjamin Lemoine, qui étaient des oreilles de fin de boucle. On n'était donc pas terrorisés à l’idée de changer notre méthode de travail. On a fonctionné comme ça, ça nous a renforcés dans le sens où on a fait vraiment ça tous les trois, avec nos oreilles, avec moins d'aide extérieure.

On passe quand même plus de temps à se questionner. Hoodie Boy et Flo se sont beaucoup investis, l'un comme l'autre. Hoodie Boy sur la partie musique, et Flo sur tout ce qu'on ne voit pas. C'est aussi la première fois qu'il compose, et il fait beaucoup pour le live. Tous les deux m'ont beaucoup aidé, et c'est peut-être ce qui fait qu'on a une couleur un peu différente des deux premiers, et peut-être plus brute, plus sincère.

Froggy’s Delight : Tes chansons parlent beaucoup de toi et tu tournes énormément. Quel est le retour du public par rapport à ce que tu racontes ? Par rapport à leur vie, à leur quotidien ?

J'ai réalisé ça avec le temps. Avant, j'essayais de parler de thèmes de manière un peu générale. Là, je parle plus sincèrement de moi. Et je crois qu'en parlant plus sincèrement de soi, on touche plus les autres, parce qu'on est un peu tous pareils. Il y a plein de gens qui se reconnaissent dans les chansons, énormément de gens qui viennent me voir à la fin des concerts et qui me disent que tel morceau leur a rappelé quelque chose ou que tel morceau fait écho à un évènement dans leur vie.

Évidemment que j'y pense au moment de l'écriture. Je veux que mes textes puissent toucher les gens et que ça ne soit pas un ego trip, parce que ça n'aurait pas trop d'intérêt. Je trouve que j'ai de super échos, et de plus en plus. Sur celui-là, après trois semaines de la sortie du projet, j'ai eu énormément de retours très touchants par rapport à d'habitude. Des gens qui me disent que 27/10, par exemple, est leur morceau préféré, alors qu'on est sur un morceau qui parle de dépression, qui est dans un état dépressif. Je me dis que je ne connais pas ces gens, mais peut-être qu'ils ne vont pas bien. Peut-être qu'ils ont quelqu'un de leur entourage dans cet état, et que ça met des mots sur des choses qu'ils n'arrivent pas à dire. Je pense que c'est la force de l'art en général d’arriver à exprimer des émotions que les autres gardent à l'intérieur du bide.

Je trouve que j'arrive de mieux en mieux à le faire en étant un peu plus sincère. Et ça me touche, ça me fait du bien. Je crois qu'il y a une résonance, en tout cas chez certaines personnes. J'ai eu beaucoup de retours positifs là-dessus. A la fin des concerts, c'est systématique. Ce sont souvent les mêmes morceaux, parce qu'il y en a qui sortent mieux en live. Sur ce nouveau projet, c'est J'aime qui ressort énormément.

Froggy’s Delight : Tu es tout seul, dans une petite structure. Est-ce que tout ce qui se passe actuellement, avec le coût de la vie, le prix l'essence..., ça met en péril le projet ?

Hyl : Ça ne le met pas encore en péril. Je suis indépendant au niveau du label, c'est moi qui produis mes CD, le studio, toute la musique. C'est mon compte bancaire, indirectement, dans une structure qu'on a montée. Mais on est quand même entourés d'un tourneur, un nouveau tourneur depuis janvier qui s'appelle Melodine, qui a un historique et une force de frappe. Là, ce n'est plus mon compte bancaire, et le tourneur peut absorber ces inflations.

Après, le problème, c'est le serpent qui se mord la queue. L'industrie du spectacle va mal parce que le gouvernement ne subventionne plus la culture. Il s'en fout de la culture, disons les mots. Du coup, les salles et les festivals ont moins d'argent pour programmer. Alors que pour nous, l'essence est plus chère, et il y a de moins en moins de dates puisqu'il y a plein de festivals qui sont morts. Les cachets sont donc plus chers.

C'est un peu le bordel actuellement. Mais c'est pareil pour tout le monde, donc pour l'instant on n'est pas là à se plaindre. On sort d'une très belle tournée, j'ai bon espoir que l'année prochaine en soit encore une très belle. On verra, c'est trop tôt pour le dire. Et puis ce sera une année d'élection, donc je ne sais pas du tout ce qu'il en sera pour les salles de spectacles et les festivals. Jusqu'à présent, on s'en sort bien et ça n'a pas trop d'impact direct, mais je le vois sur les structures.

Ce qui est dur, c'est que, au lieu d'avoir des tournées de vingt-cinq dates l'été, pour te le dire clairement, on a divisé par deux d'une année à l'autre. Et ça, c'est dur parce qu'on fait ça pour faire de la musique live, pour que les gens puissent se rassembler et vivre des émotions ensemble. Si tu m'enlèves le live, je trouve que ce métier a moins de sens. Les structures font ce qu'elles peuvent, mais elles survivent difficilement.

Froggy’s Delight : Tu t'organises toi-même, tu fais aussi ta communication et ta promotion. Est-ce que, quand tu as commencé, tu te disais que tu allais être aussi gestionnaire, communicant, comptable... ?

Hyl : Je le savais, parce que j'en avais parlé avec des artistes autour de moi et je savais que c'était des métiers où tu es autant auto-entrepreneur qu'artiste, en vrai. Ça m'allait. Il y a des artistes à qui ça ne va pas. Disons que ce n'était pas une volonté d'être en indé. Mais les labels ne sont pas arrivés au moment où on pensait qu'ils auraient pu. C'est comme ça, mais la plupart des artistes que je connais autour de moi sont dans le même cas que moi. Du coup, tu apprends.

En fait, je me suis formé, j'ai fait plein de formations. Ma bookeuse aussi en a fait énormément et elle m'aide sur toute cette partie. Structuration, administration. Tu te structures, tu apprends, tu le fais. C'est fatigant, parce que du coup tu fais moins de musique. Quelqu'un me disait « Ah mais toi, tu es artiste. Ca va. Tout se passe bien. » En fait, non. La musique, c'est 30% de mon temps, et encore, plutôt 25% ces derniers temps. Le reste du temps, c'est plus un taf d'auto-entrepreneur. C'est comme ça, c'est la vie. Je pense que je m'y attendais un peu, mais pas à ce que ce soit autant. En même temps, c'est assez gratifiant quand tu vois que ça avance, parce que tu le dois à toi seul. C'est une entreprise, mais c'est moi qu'on vend. C'est un peu bizarre, mais globalement c'est ça.

Et puis toute la partie comm, j'ai de la chance. J'avais fait une école de communication, donc je suis un peu plus avantagé sur l'utilisation des logiciels. Il faut se mettre à jour tout le temps, et il faut trouver du plaisir là-dedans, parce que c'est ce qui prend le plus de temps. Gérer les réseaux sociaux et la comm, c'est vraiment ce qui me prend le plus de temps dans mes tâches quotidiennes. Beaucoup plus que la musique. Il y a des périodes où ça me saoulait.

Pendant Les Croisements, par exemple, je n'ai pas réussi à passer outre, et du coup le projet a moins bien marché. Là, sur cette mixtape, avec l'aide de Flo et Simon, et encore une fois de Noémie, ma bookeuse, il y a de l'échange. Il y a des idées qui passent, je leur montre. Il y a beaucoup de moments où je tente des trucs. J'ai moins peur d'essayer des choses, et du coup je prends du plaisir à créer une vidéo, à filmer, à faire le montage. Ce qui est frustrant, c'est qu'une fois sur dix ça marche, et neuf fois sur dix ça ne marche pas. Tu passes beaucoup de temps à donner des coups d'épée dans l'eau. Mais c'est pareil pour tous les créateurs, je crois. C'est qu'il faut prendre le jeu. Je crois qu'on n'a pas trop le choix, malheureusement, d'accepter d'être aussi créateur de contenu au-delà d'être juste participant.

Froggy’s Delight : Et dans quel état d'esprit abordes-tu les deux concerts de release party, à Paris et à Toulouse ?

Hyl : Pour Toulouse, j'ai méga hâte. Je le fais dans une salle que je connais, le Flashback le 26 novembre. Il va y avoir une expo que j'organise avec plein d'autres artistes. Il y aura des invités. On est à la maison. On a un terrain de jeu libre, et les places partent vite par rapport à d'habitude. Donc ça fait super plaisir.

Paris, c'est toujours hyper stressant, parce que ça fait partie des étapes de carrière qui sont importantes. C'est comme ça, c'est dans la musique, c'est la capitale, et c'est une salle qui est grande pour la capitale. Les places partent moins vite, mais je pense que le climat actuel n'aide pas. On est bien, mais l'événement approche et c'est la première, surtout il n'y aura pas Toulouse avant. D'habitude je fais d'abord Toulouse pour me rassurer, et après on monte à Paris. Cette année, c'est l'inverse. On fait d'abord Paris. On va arriver avec un nouveau live, des morceaux qui n'ont jamais été joués sur scène. Ca fout toujours la pression.

J'ai très hâte, parce que ça sera un peu la conclusion de tout ce travail. Le présenter en live, pour moi, c'est ça qui met le point final à la création. Après, il faut le défendre. Ça va être beaucoup d'émotions, je pense, parce que ça a été deux ans de réparation, deux ans de remise en question, deux ans de travail pour arriver à sortir ce disque, et ça m'a autant affecté professionnellement que personnellement. J'ai beaucoup de stress et beaucoup hâte. Les copains et la famille parisienne viennent, donc je suis trop content.

Maintenant, j’ai vraiment hâte d’y être. Je pense que ça se passera super.

La Vie en Jaune est disponible. Rendez-vous à Paris et à Toulouse pour les deux release parties.