Depuis plus de vingt ans, Hypno5e trace un chemin singulier dans le paysage metal français. Originaire de Montpellier, le groupe a développé un univers musical particulièrement ambitieux, quelque part entre post-metal et rock progressif. Une démarche qui lui a permis de se construire une véritable identité. Et, de manière assez étonnante, on était toujours passé à côté, un peu comme pour Alcest, qu’on a découvert récemment et qu’on a adoré.

Il aura finalement fallu un mail d’un attaché de presse au titre plutôt accrocheur, "Tes oreilles méritent ceci" , pour attirer notre attention et nous donner envie de nous lancer dans la découverte d’un disque d’Hypno5e. Et pas n’importe lequel puisqu’il s’agit de leur septième album, Trame Noire.

Seulement cinq titres pour près de quarante minutes de musique. Voilà qui donne immédiatement une idée de ce qui nous attend. Hypno5e prend son temps, installe des atmosphères et fait monter la tension. On peut effectivement classer cette musique dans un post-rock ou post-metal progressif, même si cette étiquette reste forcément un peu réductrice tant les influences sont nombreuses.

Cela commence dès les premières notes de "Lost Fires" , avec une introduction au piano accompagnée de quelques cordes qui installe une atmosphère presque mélancolique avant que les guitares ne viennent progressivement prendre possession de l’espace. Le chant est particulièrement puissant, capable d’alterner entre passages clairs et envolées beaucoup plus hurlées. Et puis arrive, au milieu du morceau, un passage qui tabasse sérieusement, porté par une batterie absolument incroyable. Un jeu et une précision qui rappellent parfois Danny Carey, le batteur de Tool, notamment sur leur dernier album. On sent d’ailleurs chez chacun des musiciens une technicité vraiment impressionnante, mais toujours mise au service des compositions.

Ce premier titre de près de neuf minutes, qui alterne passages contemplatifs et déflagrations beaucoup plus musclées, constitue une parfaite illustration de ce qui nous attend sur la suite du disque. On retrouve cette même science des contrastes, et surtout ce son de batterie de dingue, sur "Falmer". Le groupe parvient une nouvelle fois à faire cohabiter des ambiances aériennes avec des sonorités beaucoup plus massives et puissantes, avant de terminer sur un passage presque death metal qui aurait parfaitement pu trouver sa place sur un titre de Gojira.

On enchaîne avec "Molecular Angel" , sur lequel les voix se font d’abord plus aériennes avant de basculer dans un registre nettement plus agressif. "Bare Bones" reprend cette même logique d’alternance, mais avec des rythmes davantage déstructurés, des riffs tranchants et quelques délicates notes de piano en arrière-plan.

Reste enfin "Trame Noire" , morceau de près de dix minutes qui vient refermer l’album. Une composition ample dans laquelle Hypno5e rassemble toutes les facettes de son univers : passages acoustiques en introduction, envolées post-rock à la Mono et guitares écrasantes. Le résultat est superbe, avec cette sensation de traverser différents paysages sonores au fil des minutes.

On y découvre même un poème récité sur fond de violon, avant que le morceau ne s’achève dans une ambiance étrange, presque irréelle, faite de flûte et de clochettes. Une conclusion pour le moins inattendue, mais qui illustre parfaitement la dimension cinématographique revendiquée à priori par le groupe.

Il faut enfin souligner la cohérence de l’ensemble. Malgré la complexité de certaines compositions et les nombreux changements de rythme, Trame Noire s’écoute d’une seule traite, comme une œuvre à part entière. Un véritable voyage émotionnel, d’une richesse et d’une subtilité remarquables, qui nous fait surtout regretter d’être passés à côté d’Hypno5e pendant toutes ces années.

Une très belle réussite !