Voilà enfin le premier album de Chest., un groupe dont on avait décelé le potentiel assez fou dès la sortie de son premier EP, All Good Things End, l’année dernière. Et visiblement, nous n’avions pas été les seuls à être séduits puisque le prestigieux magazine britannique NME avait intégré les Parisiens à sa liste des 100 groupes à suivre en 2025. Une belle reconnaissance pour cette formation de cinq musiciens qui s’impose aujourd’hui comme l’une des sensations de la nouvelle scène rock française.
Il faut dire que Chest. possède une énergie assez incroyable, avec ses guitares qui grondent, ses synthés qui s’emballent et ses rythmiques parfois presque industrielles. On pense évidemment à la scène post-punk britannique, notamment à Idles sur un titre comme "Otto" , ou encore à Ditz, mais les français ont l’intelligence de ne pas se contenter de reproduire les recettes habituelles de leurs voisins anglais. Depuis quelques semaines, on croule quand même sur les groupes de post-punk, ce qui devient lassant.
Ici, la flemme est originale car ils y injectent notamment des machines, des nappes électroniques et des sonorités presque techno, donnant à leur musique une dimension parfois dansante.
C’est d’ailleurs assez amusant de rappeler que l’histoire du groupe a commencé au Supersonic, cette salle parisienne devenue l’un des temples du rock indépendant. Les cinq musiciens s’y sont rencontrés alors qu’ils y travaillaient, avant de décider de monter leur propre formation.
Avec Happy, Broken, que l’on pourrait traduire par "heureux, mais cabossé", Chest. nous embarque donc dans un véritable tourbillon sonore. "Lotus Eater" en est une parfaite illustration, avec ses guitares abrasives qui se frottent aux machines et son refrain "Live Fast / Die Young" scandé comme un slogan. On a presque l’impression d’assister à une fête qui aurait franchement mal tourné, mais à laquelle on aurait tout de même très envie de participer ! Même constat sur "Entertainment" , porté par un refrain entêtant et une tension permanente qui donne furieusement envie de bouger.
Mais c’est surtout dans sa manière de mélanger les genres que Chest. se montre particulièrement convaincant. "Cor" possède ainsi une dimension industrielle assez impressionnante, avec des sonorités qui évoquent presque Nine Inch Nails et une rythmique qui tabasse sévèrement. "Raincheck" pousse encore plus loin cette hybridation en débutant sur une boucle électronique techno, accompagnée d’une voix modulée, avant de basculer sur un refrain punk rock particulièrement efficace. Quant à "Again", il illustre parfaitement la capacité du groupe à jouer sur les changements de rythme, alternant passages tendus et accélérations brutales sans jamais perdre en cohérence.
Chest. sait aussi faire preuve de retenue. C’est notamment le cas sur "I’m Proud", qui clôt l’album dans une ambiance beaucoup plus brumeuse et mélancolique. Les guitares se font moins agressives, le chant devient progressivement plus aérien dans la seconde moitié du morceau et quelques notes de piano viennent même apporter une touche de douceur dans les toutes dernières secondes. Une conclusion assez inattendue qui donne presque l’impression que le groupe, après nous avoir secoués dans tous les sens pendant une bonne partie du disque, nous accorde enfin un instant pour reprendre notre souffle.
C’est d’ailleurs probablement là que réside toute la réussite de Happy, Broken. Derrière cette brutalité apparente et cette énergie débordante se cachent de véritables nuances, une certaine fragilité et surtout une recherche musicale qui dépasse largement les frontières du post-punk traditionnel. Chest. réussit ainsi à faire cohabiter punk, noise rock, musique industrielle et électro ensemble.
Et si ce premier album semble taillé pour faire exploser et danser les fosses des salles de concert, il possède également suffisamment de richesse et de subtilité pour séduire bien au-delà des amateurs de pogos. Une excellente surprise qui confirme tout le bien que l’on pensait déjà de ce groupe français décidément très prometteur.
